Ken Loach : caméra et poing levé

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Ken Loach est l’archétype du réalisateur dit « engagé », ses réalisations fortement politisées comportant des thématiques ancrées dans le réel et teintées des idéaux de la gauche sociale made in Great Britain. Fer de lance du « cinéma social », il n’oublie jamais la classe ouvrière dont il est issu. Traitant du chômage de masse, des conflits sociaux, des déflagrations de la politique d’Etat sur le « peuple », des heures sombres de l’histoire du Royaume-Uni, ses positions ont parfois fait autant parler que ses films eux-mêmes. Retour sur le parcours de ce cinéaste star du Festival de Cannes…

Kenneth Loach nait le 17 juin 1936 dans le Warwickshire, dans la petite ville-dortoir de Nuneaton. Issu de la petite classe moyenne plutôt conservatrice politiquement. Durant ses études de droit il commence à s’intéresser au théâtre, intègre la Oxford revue et fait ses armes en tant qu’acteur mais dès le début des années 1960 il fait son incursion dans le monde du cinéma par le biais de la télévision où son talent naturel le voit œuvre à la réalisation en 1964 de trois épisodes de la série policière british culte Z Cars. Deux ans plus tard il officialise son entrée dans le monde de la fiction avec des téléfilms classifiés de « docu-dramas » qui portent déjà l’empreinte d’une préoccupation sociale forte, son orientation politique très à gauche et contestataire ne faisant aucun doute. Il est d’ailleurs l’un des premiers à traiter de sujets qui malgré l’insouciance des sixties ne tarderont pas de nécroser la Grande-Bretagne ; parmi ces derniers, bien évidemment le spectre du chômage et de ses déflagrations sur les individus. C’est en 1967 qu’il officialise son statut de réalisateur pour le grand écran via Pas de larmes pour Joy, son premier long métrage dont la distribution compte entre autres le grand Terence Stamp. Avec Kes qui sort sur les écrans deux ans plus tard, il accouche d’une comédie dramatique qui lui vaudra plusieurs nominations dans de prestigieux festivals. Dans ce film, librement inspiré du roman de Barry Hines, Loach il nous raconte l’histoire d’un gamin issu du prolétariat d’une petite ville minière de l’Angleterre qui en adoptant une jeune faucon crécelle va parvenir à fuir son misérabilisme existentiel quotidien. Ce film d’une rare poésie n’en oublie pas de fustiger les conditions misérables dans lesquelles vivent les familles des petites villes minières du nord-est de l’Angleterre ; tout comme Orwell en son temps, ce film est un témoignage pas très optimiste des oubliés de la croissance et de l’économie moderne. Le rapace domestiqué symbolisant la liberté à laquelle aspire le jeune garçon mais aussi les difficultés à s’extirper de son milieu social premier… Qu’il est difficilement, effectivement, lorsqu’on est issue du prolétariat de s’envoler de la ville qui vous a vu naître et d’accéder à des cieux plus cléments.

Changement de décennie… Ken Loach qui ne cesse d’ausculter son époque livre quelques films qui l’installent durablement en tant que réalisateur. Durant les années 1970 et 1980 ses œuvres cinématographiques. Après un film commandé puis finalement refusé par l’association de protection de l’enfance Save the Children, sort en 1971 dans les salles obscures Family Life. Ce film qui retrace le parcours d’une jeune femme s’enfonçant dans le schyzophrénie, est une attaque en règle contre l’autoritarisme parental et le système hospitalier et la prise en charge des personnes atteintes de troubles psychotiques et plus largement psychiques. En cela il présente bien des passerelles avec le mythique Vol au-dessus d’un nid de coucou sorti quelques années plus tard. Comme pour Artaud, la protagoniste du film subira un traitement aux électrochocs qui en fera un être dont l’esprit est démantelé par les différents protocoles qu’elle subit… Après quelques retours aux séries télévisées via notamment Days of Hope retraçant l’histoire du mouvement travailliste, après plusieurs années loin du septième art Loach revient en 1979 avec Black Jack tiré du roman de Leon Garfield. Ce film historique situé dans la campagne anglaise du XVIIIème siècle fait figure d’exception dans sa filmographie, il y raconte l’épopée de deux enfants et d’un condamné à mort. Même si le film peut de prime abord faire penser à un film de divertissement plutôt destiné, à travers les aventures du trio Loach n’en oublie pas de véhiculer les messages qui lui sont chers et de dépeindre sans concession la dureté de la société de l’époque dans ce qu’elle avait de plus inique. Le film ne rencontra pas le succès et sera un essai manqué sans lendemain. En 1980 il livre The Gamekeeper, un film adapté d’un roman de Barry Hines dont la trame narrative s’essouffle rapidement puisque fleuretant allègrement avec le documentaire. Le film nous raconte une année de la vie d’un ouvrier qui quitte l’urbanité pour la campagne après avoir été engagé comme garde-chasse pour un Lord anglais. Bien que bancal, ce film permet de nouveau au réalisateur de traiter de ses grandes thématiques et pour le coup de l’inégalité qui sévit depuis des siècles en Grande-Bretagne où outre les différentes classes sociales vient s’ajouter un degré de hiérarchisation supplémentaire avec la noblesse et son rapport d’assujetissement sur le reste du peuple. Un an plus tard, il signe le documentaire de quatre parties de 50 minutes chacune A question of Leadership, dédié au mouvement syndical qui émergea durant la grève des mineurs. Ce film documentaire raconte l’échec des leaders syndicaux à défendre les ouvriers face à Face à la politique libérale et sans concession de Mme Thatcher. La même année sort sur les écrans Looks and smiles qui marque le grand retour de Ken Loach au cinéma. Ce film retrace bien le désarroi de la classe ouvrière durant les années Thatcher où les usines sidérurgiques ferment les unes après les autres et laissant sur le carreau une génération entière rongée par le chômage de masse. On y suit deux jeunes qui tentent chacun à leur manière de trouver un emploi dans une ville du Nord de l’Angleterre où la grisaille règne en maître et où le fatalisme social semble avoir nécrosé les âmes. Tout est tristesse et le choix du noir et blanc ne fait que la sublimer… Des maisons d’ouvriers aux pubs, des ruelles malingres aux boîtes de nuit où une jeunesse sans avenir s’échappe du mouroir que sont devenues ces villes agonisantes sacrifiés sur l’autel du libéralisme, Ken Loach démontre qu’il sait aussi se faire styliste et poète de l’image. En 1986 sort un des grands films de la filmographie du réalisateur britannique : Fatherland. Ce petit chef-d’œuvre est un témoignage cinématographique de l’époque d’avant la Chute du mur. Epoque où les berlinois étaient séparés par un mur symbolisant le conflit idéologique entre deux modes de société et de pensée. Sous fond de musique pop, Fatherland nous livre l’histoire d’un chanteur jugé tellement subversif pour le régime qu’il est contraint de passer de l’autre côté du mur afin de gagner Berlin Ouest. S’il abandonne l’espace d’un film son Angleterre il n’en oublie pas pour autant ses convictions politiques, renvoyant dos à dos communisme et capitalisme puisque le protagoniste du film développant une critique des deux systèmes qui dans leur ADN comportent un dysfonctionnement dont font les frais le peuple qui les subissent.

Avec la dernière décennie du siècle, Ken Loach remporte de vrais succès populaires tout en conservant son aura auprès des critiques et des cinéphiles les plus exigeants. Bien que l’atmosphère se fait parfois plus légère, les grandes thématiques sociales chères au réalisateur perdurent dans ses différentes réalisations. Avec Riff Raff (1990) qui officialise son entrée dans les années 90. Cinéaste des classes populaires, il nous montre le quotidien d’ouvriers du bâtiment. Ayant toujours dans son viseur l’exploitation de l’homme par l’homme, il égratigne au passage le patronat qui pour cause de rentabilité se montrent peu soucieux des normes de sécurité. C’est l’occasion de délivrer une nouvelle charge contre la Dame de Fer.  Désirant rentrer dans les arcanes de la classe politique anglaise, avec le thriller politique Secret Defense qui sort la même année, il traite du contexte nord-irlandais. Inspiré d’un fait réel où un avocat américain de la Ligue Internationale des Droits Civils se fit descendre par les RG britanniques du fait des preuves en sa possession mettant à mal les méthodes du pouvoir londonien envers la population catholique occupée, Loach matérialise via un film les pratiques du régime anglais : tortures, actions commandos, presse muselée, falsification de preuves, témoignages réduits au silences, témoins gênants supprimés, impunité totale du Pouvoir malgré les exactions commises… Au-delà du conflit nord irlandais, comme pour l’Homme révolté de Camus, le réalisateur nous livre une réflexion sur le militantisme et les limites de l’éthique (dans les deux camps) lorsqu’un homme est confronté à des choix où l’idéologie s’y mêle. Avec Raining Stones (1993) Loach traite de nouveau des abandonnés du libéralisme à travers une famille vivant en périphérie de Manchester frappée de plein fouet et en plein cœur par un chômage endémique. Au plus près des hommes, il décrit sans manichéisme la routine de ces gens laissés pour compte et de leur combat pour survivre dans une société dont le modèle tente presque à culpabiliser ceux qui se retrouvent sur le bas-côté. L’année 1993 est une bonne année pour le cinéaste puisqu’il remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes et renoue avec un succès populaire qui lui apporte une notoriété mondiale grandissante. L’année suivante, avec Lady bird il signe un de ses films les plus poignant. A travers Maggie, mère célibataire qui s’est vue retirer la garde ses quatre enfants et qui se bat contre l’administration pour les récupérer, ce film inspiré d’un fait réel soutirera une larme aux cœurs les plus endurcis. Il démontre une nouvelle fois l’inhumanité de l’administration et son manque total de compassion. L’année suivante il revient au documentaire avec A Contemporary Case for Common Ownership et revient en 1995 à la fiction avec un de ses films les plus populaires : Land and Freedom. Comme d’autres réalisateurs ou écrivains avant lui, Ken Loach s’attaque à la Guerre d’Espagne. Comme George Orwell avant lui, il démontre toute la complexité de cette guerre civile et des enjeux qui en découlèrent. On y croisera anarchistes, staliniens, républicains, franquistes, internationalistes et aventuriers désireux de mettre en action l’idéologie qui les porte. Porté par un casting international qui rappelle que cette guerre fut une répétition de ce qui allait se jouer quelques années plus tard sur le vieux continent, l’ombre de Mussolini, Staline et Hitler rôdant sur ce conflit. Via ce film, Loach nous rappelle que choisir le bon camp est aisé à postériori… A la manière d’un documentaire (encore et toujours), on suit le parcours d’un jeune communiste anglais, David, qui s’engage au sein d’une milice du POUM. Land and Freedom se veut une belle réflexion sur l’engagement et un hommage à ceux prêts à donner leur vie pour une cause. En 1996, Ken Loach poursuit dans la même veine avec Carla’s Song (1996) où même si une intrigue amoureuse semble tenir le premier rôle entre une exilée amérindienne et un chauffeur de bus de Glasgow, le cinéaste traite de la guerre des Contrats au Nicaragua. Très manichéen et sans surprise, le film déçoit quelque peu mais est sauvé par la belle prestation de Robert Carlyle. Une fois de plus, le cinéaste livre un nouveau documentaire avec Les Dockers de Liverpool (1997) qui est une nouvelle diatribe contre le capitalisme, la politique de Margaret Thatcher et filme au plus près les piquets de grève… En 1998, avec My name is Joe, Ken Loach livre peut-être son meilleur film. Porté par la performance d’acteur de Peter Mullan qui remportera le Prix d’interprétation masculine à Cannes, le cinéaste accouche d’un film moins militant de prime abord mais qui n’en oublie pas de traiter de la réalité sociale d’une partie du peuple anglais. Avec le personnage de Joe, ancien alcoolique au chômage privé temporairement de ses allocations, c’est toute une partie des oubliés du libéralisme de la Perfide Albion que Ken Loach symbolise. Filmé dans les quartiers les plus pauvres de Glasgow où le seul réconfort semble être de lever le coude et d’assister aux matchs de football, une nouvelle fois Loach montre sur écran l’envers du décor d’un modèle économique qu’il réprouve.

Alors que le nouveau millénaire s’annonce, Ken Loach ne semble pas s’assagir et conserve son militantisme de la première heure, l’actualité lui offrant de nouveaux angles d’attaque… et l’actualité en question n’en manque pas. Loach n’hésite pas à s’installer dans le pays de l’Oncle Sam et planter le décor de son film Bread and roses (2000) à Los Angeles où dans la cité des anges on suite les douloureuses péripéties de travailleurs émigrés tentant de vivre leur rêve américain alors qu’ils sont payés une misère au lance-pierre. A travers leurs revendications pour de meilleures conditions de travail, le cinéaste rend une nouvelle fois hommage aux mouvements de grévistes et aux syndicats. En 2001 il revient sur le sol anglais avec The Navigators filmer les dommages qu’occasionnent la privatisation du réseau de chemins de fer. Après avoir longtemps tiré à vue sur Thatcher, c’est désormais le gouvernement de John Major sa cible. Le film renvoie à l’accident ferroviaire de Halfied et des pertes de franchise de la Connex South Central et Southe Eastern qui par souci de rentabilité furent peu soucieuses des process de sécurité, mettant ainsi en danger la vie des usagers. Dans Sweet Sixteen sorti dans les salles en 2002, Loach nous montre avec les yeux d’un adolescent les ravages de la paupérisation et de ses conséquences sur les familles qui en sont victimes. Avec Just a Kiss (2004), il traite des mariages mixtes et de la difficulté du « vivre ensemble » dans une Angleterre ressemblant de plus en plus à un patchwork de communautés. Fruit d’un travail à six mains, Ken Loach s’associe avec les réalisateur italien Emanno Olmi et le réalisateur iranien Abbas Kiarostami pour le film Tickets (2005). L’histoire se déroulant dans un train où des personnages de tout horizon et de toute condition vont se retrouver l’espace d’un voyage coexisteront alors que tout semble les séparer. S’ensuit la même année une nouvelle incursion dans le documentaire avec McLibel où le réalisateur retrace l’un des plus longs procès de l’histoire britannique et qui opposa deux militants écologistes au géant du fastfood Mc Donald’s, dévoilant ainsi au grand public les méthodes répréhensibles de la multinationale. Avec Le vent se lève (2006) qui fait référence au poète Robert Dwyer Joyce, le britannique qu’est Ken Loach nous parle d’un des plus longs conflits de l’histoire du Royaume de sa Majesté : la guerre d’indépendance irlandaise et de la guerre civile qui s’ensuivit. Le film remportera avec quelques grincements de dents la Palme d’or du Festival de Cannes. Ken Loach y expose méthodiquement quelques pistes de réflexion dépassant largement le contexte historique du film, le film deviendra cultissime en Irlande et fait encore aujourd’hui office de référence. Avec It’s A Free World (2007), il traite à travers le personnage de Angie fraîchement reconvertie au libéralisme de l’exploitation des travailleurs immigrés dans une Europe et une mondialisation favorisant le métayage des populations en situation irrégulière. Ken Loach nous montre comment il est aisé de se retrouver complice d’un système ô combien répréhensible…  Deux ans plus tard, paraît son film à un des héros des classes populaires anglaises, un héros du ballon rond et issu d’un pays maintes fois en guerre avec l’Angleterre : Eric Cantona. Avec Looking for Eric, le réalisateur s’offre une respiration salvatrice ; avec le personnage d’un postier de Manchester en proie à des questions existentielles et à des difficultés dans son ménage mais aussi dans son rôle de père, il trouvera à travers ses conversations fantasmées avec « Eric the king » les réponses et l’écoute qui lui manquaient.

Démontrant que même s’il est désormais un réalisateur installé il n’est en aucun cas un laquais ou servile fonctionnaire stipendié de l’industrie cinématographie, il décide en 2010 de rendre ses films accessibles librement sur You Tube. La même année sort sur les écrans Route Irish, du nom de la rue qui relie Bagdad à son aéroport international, et qui traite des déflagrations sociales de la Guerre d’Irak au Royaume-Unis et de la privatisation du conflit matérialisée par des compagnies paramilitaires. Malgré un sujet d’actualité, le film ne parvient pas au niveau des meilleurs réalisations de Ken Loach et s’enlise dans une intrigue qui si elle sert scénario fait perdre la consistance thématique du film. Deux ans plus tard, avec la comédie La part des Anges (2012) obtiendra le Prix du Jury au Festival de Cannes. Une nouvelle fois le cinéaste prend pour décor la ville de Glasgow, son « cinéma social » nous raconte les péripéties de quatre pieds nickelés issus du prolétariat qui projettent un casse des plus singuliers : voler un des plus rares whiskys au monde durant une vente aux enchères. Comme toujours avec Laoch, même lorsqu’il s’essaie à la comédie il n’en oublie jamais en filigrane de démontrer son engagement politique, pour le coup de s’attaquer une nouvelle foisà l’injustice de classe qui régit la société britannique… Ce que confirme dans la foulée son documentaire L’esprit de 45 (2013) qui retrace la victoire du Parti travailliste et les avancées sociales qui en découlèrent au lendemain de la Seconde Fuerre mondiale. Fortement attaché à l’Irlande, Ken Loach décide avec Jimmy’s Hall (2014) de retracer quelques épisodes de la vie du militant communiste irlando-américain Jimmy Gralton de retour sur ses terres. Dans une Irlande très pauvre où le chômage est endémique, les distractions bien rares et où les grands propriétaires terriens perpétuent une forme de servage, Gralton est incité à rouvrir la salle de danse qu’il avait fondé avant de quitter le pays. Finalement rouverte, la salle va susciter les foudres de l’Eglise et des conservateurs du fait des idées progressistes, anticléricales et du jazz qu’elle diffuse et qui n’est pas vue d’une bonne oreille par les notables de la ville. Malgré lui rattrapé par son passé et les luttes qu’il mena, Gralton va être au centre du basculement idéologique qui s’opère dans une Irlande où l’Eglise tente de ne pas perdre l’influence qui est la sienne depuis des siècles sur les masses…  Deux ans plus tard, Loach revient avec l’émouvant Moi, Daniel Blacke qui une nouvelle fois traite de l’inhumanité d’une l’administration britannique kafkaïenne via le personnage d’un chômeur de près de soixante-ans qui pour des raisons de santé est contraint de cesser son activité. Privé injustement de ses allocations, c’est son combat pour faire ses droits que nous raconte Loach. Dénonçant le rigorisme impitoyable des organes de l’Etat, le cinéaste n’en oublie pas de nous démontrer les valeurs de l’entraide lorsque le protagoniste se liera d’amitié avec une mère célibataire ayant tout le mal du monde à joindre les deux bouts et nourrir ses deux enfants. A travers le parcours du combattant de cet homme du quotidien, on mesure l’asphyxie d’un modèle économique qui après avoir privé une partie de la population de travail s’attache à les avilir et les culpabiliser.

Ken Loach c’est donc au final cinquante ans de carrière et ni plus ni moins 13 films présentés en compétition officielle au Festival de Cannes… Mais aussi, et peut-être surtout, une vie grandement dédiée aux engagements qui sont les siens et auxquels il n’a pas dérogé, ouvrant la question de savoir si parfois Ken Loach n’est pas plus un militant cinéaste qu’un cinéaste militant. Le réalisateur n’a en effet cessé de s’attaquer via ses films mais aussi hors caméra aux instances politiques dont les orientations ont des conséquences désastreuses sur ceux qui les subissent, son militantisme n’étant pas d’ordre poétique mais très concret et à prendre au premier degré… Dénonciation du néolibéralisme, des délocalisations engendrant un chômage de masse dans le monde occidental, privatisation des services publics avec les conséquences désastreuses qu’elles peuvent engendrer, dérégulation économique avec pour spectre l’exploitation des masses issues du tiers monde… Ces actions lui vaudront d’ailleurs d’être élu au conseil national du parti d’extrême gauche RESPECT. Certains de ses combats comme son soutien aux actions de boycott de l’Etat d’Israël du fait de sa politique expansionniste ou encore à l’indépendance de l’Ecosse lors du référendum de 2014 lui vaudront nombre d’inimitiés. Celui qui reçut un doctorat d’Honoris Causa de Lettres de l’Université de Birmingham ne manque d’ailleurs pas d’humour, demandant avec le plus grand cynisme la privatisation des obsèques de Margareth Thatcher lorsque La Dame de Fer rendît l’âme. Homme de gauche un jour, homme de gauche toujours, lorsque le Référendum sur le Brexit fut engagé il surprit puisque n’étant pas favorable à une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, le réalisateur appelant de ses vœux à « une autre Europe ». Seule contradiction au compteur de Loach, une publicité réalisée pour le géant du fastfood : Mc Donald. Non sans humour, il mentionne que « ça pèse toujours très lourd sur sa conscience ».

Romain Grieco

 

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