Jack London ou la littérature de combat

JACK LONDON PAINT

L’aventurier que fut Jack London demeure encore aujourd’hui un modèle pour nombre d’écrivains nord-américains qui ne peuvent concevoir l’écrit sans une expérience directe de la vie, ceci d’autant plus que les Etats-Unis contemporains renouent avec ses vieux démons et que les inégalités croissantes gangrènent le pays. Témoin des mutations de son époque, le romancier mais aussi journaliste et militant issu du prolétariat n’oubliera jamais ses origines sociales et ses idéaux qui, en filigrane, traversent toute son œuvre. Plus d’un siècle après sa mort, certains de ses écrits n’ont malheureusement pas pris une ride ; les aspirations et les luttes qui furent les siennes restant ô combien d’actualité. 

Né le 12 janvier 1876, John Griffith Chaney vint au monde la même année que la bataille de Little Bighorn, Jack London naît à San Francisco, année symbolique car elle officie cette Américaine moderne, future première puissance économique, où des millions d’émigrés venus d’Europe viennent peupler le pays. Puisque c’est l’ère de la production industrielle, on assiste à un rythme effréné à la création de villes nouvelles où les banques et la finance prennent le pouvoir au détriment du politique. Du fait des vagues d’immigration internes et externes, une partie du pays se sédentarise et quitte de plus en plus le milieux rural pour vive dans des villes industrielles où la paupérisation règne. Le grand écrivain faillit ne jamais vivre au monde puisque sa mère, Flora Wellman, une fois abandonnée durant sa grossesse par le géniteur de Jack London tentera à deux reprises de se suicider voire de mettre un terme à l’enfant illégitime qui pousse dans son ventre… Durant ses premières années, Jack London sera élevé par une ancienne esclave qu’il appellera Tante Jennie ou maman Jennie qui décèdera en 1924 et fera longtemps office de figure maternelle ; en effet, le futur grand écrivain ne sera jamais en bon termes avec sa mère biologique qui ne le désirait pas et le lui rendait bien en le surnommant son « insigne de honte ». London grandit dans les quartiers pauvres de San Francisco, Flora est connue pour ses compétences en spiritisme et tente de subsister avec ses donc réels ou supposés, en septembre 1876 elle rencontre los d’une séance celui qui va devenir son futur mari… John London, ancien soldat durant la Guerre de Sécession, veuf père et de deux filles (Ida et Eliza) issues de son premier mariage. Ce dernier élèvera tant bien que mal Jack comme son fils et lui donnera son nom. Le jeune London, qui se fait désormais appeler Jack, s’évade de son quotidien miséreux et souffreteux (il manque en 1878 d’être emporté par la diphtérie) en lisant des romans d’aventures empruntés à la bibliothèque publique de la ville et qui lui donnent le goût de la mer. La ferme achetée par son beau-père dans le comté de San Mateo ne rapporte pas les revenus espérés et, faute d’argent John London se doit de réintégrer le milieu urbain à la recherche d’un emploi ; alors qu’il exerce désormais le métier de cheminot il est grièvement blessé. Devenu soutien de famille, Jack doit abandonner l’école à 14 ans pour subvenir aux besoins de sa famille. On estime alors à cette époque que le nombre d’enfants ayant intégré la vie active s’élevait à 1,5 millions. Il exerce un grand nombre de métiers subalternes peu valorisants et très éprouvants physiquement, travaillant plus de douze heures par jours pour un salaire dérisoire dans la fabrique de conserves de saumons Hickmott. Le jeune homme est dès lors plongé dans le monde ouvrier où la dureté de ce monde ne fait aux cadeaux qu’aux morts.

Désireux de s’extirper de cette vie sans perspective, après avoir observé les pilleurs d’huitres il décide d’en faire de même. Il parvient à réunir la somme nécessaire (soit 300 dollars) pour faire l’acquisition de son sloop : Le Razzle Dazzle. Avec cette chaloupe, sa vie d’aventurier commence et rencontre un franc succès puisqu’on le surnomme « Le Prince des pilleurs d’huîtres ». Il commence alors à trainer dans les tavernes, c’est dans les tavernes qu’il fait ses premières expériences directes de la vie et notamment via de sévères beuveries.  En 1992, alors que son bateau prend feu suite à une sévère cuite et qu’il manque de se noyer, London se voit contraint de change de camps et intègre alors la patrouille de pêche (la California Fish Patrol) et se rémunère sur les amendes qu’il inflige à ses anciens camarades sillonnant la baie de Sans Francisco… Un an plus tard, il devient marin et embarque à bord du Sophia Sutherland pour une saison de chasse aux phoques qui l’amènera jusqu’au Japon. De retour à Oakland, fort des innombrables récits qu’il a entendu des marins il commence à développer son talent de conteur, sa mère au plus mal financièrement le pousse alors à pondre un récit… Sans grande ambition il se met à l’ouvrage, signe une nouvelle (Typhoon off the coast of Japan) qui narre une de ses expériences lors de son année passée à bord du Sophia Sutherland, l’envoie lors d’un concours organisé par le quotidien San Francisco Morning Call et à sa grande stupéfaction remporte le prix. Sa carrière d’écrivain vient de naître cependant il est encore loin de pouvoir vivre de sa plume et n’en a donc pas fini (loin de là) avec les travaux manuels, ses autres écrits étant malheureusement tous refusés… Son père adoptif étant gravement malade il doit reprendre le chemin de l’usine et devient chauffeur aux chaudières de la centrale électrique d’Oakland, rentrant chaque soir broyé par la fatigue du fait des cadences et de la charge de travail herculéenne qui lui est demandée. Lorsqu’il apprend qu’il effectue le boulot de deux hommes et de surcroit pour un salaire moindre, commence à naître sa vision politique et sa critique du capitalisme.  La crise financière de 1893 plonge le pays dans une grave dépression, un américain sur quatre a perdu son emploi. Aux quatre coins du pays les chômeurs se mettent en marche sous l’impulsion de Jacob Coxley pour se rendre à Washington et manifester, Jack se joint à eux. Le trajet s’effectue à pieds, parfois sur des radeaux de fortune ou par chemins de fer sur des trains investis illégalement. L’armée des chômeurs est par la suite en déroute après une sévère répression de l’armée ; sans le sou il continue à voyager et devient un vagabond céleste. Il sera finalement arrêté pour vagabondage et arrêté durant un mois. Une fois libéré il décide de rejoindre la Californie (plus de 2000 kms), durant son périple il est alors sensibilisé aux idées socialistes. Il se met alors en tête de reprendre les études et devenir écrivain ; il s’inscrit à L’Ecole Secondaire d’Oakland où il est de cinq ans plus âgé que le reste des élèves et finance ses études en se faisant embaucher comme agent d’entretien. Il a une boulimie de lecture, dont Karl Marx, Herbert Spencer et Charles Darwin. Sa conscience politique ainsi que son univers philosophique prennent petit à petit forme et écrit pour le journal de l’école. Il devient adhérant au Parti socialiste d’Oakland, fréquente le milieu intellectuel de l’époque et commence à militer activement. On le surnomme le « jeune socialiste », haranguant la foule il se fait parfois emprisonner pour ses discours qui arrangent les foules. C’est durant cette époque qu’il fait la connaissance de Bessy Madon qui, il ne le sait pas encore, deviendra par la suite sa première femme. Il parvient après deux années à intégrer la prestigieuse université de Berkeley. Par manque d’argent et par opposition à un système universitaire qu’il réprouve, London décide de mettre un terme à ses études. Il envisage alors sérieusement de devenir écrivain et de gagner sa vie grâce à sa plume, il investit alors ses derniers deniers pour payer l’affranchissement de ses textes aux journaux et maisons d’édition à qui il les destine, il veut y croire même s’il est refusé partout…

Le 14 juillet 1997 à San Francisco est découvert un gisement d’or au Canada. Le 25 juillet London est un des premiers à se rendre à Dawson City avec son beau-frère (James Shepard) qui a hypothéqué sa maison pour pouvoir payer les frais d’embarquement L’expérience qui le forgea, il se lance dans cette aventure et part pour Le Grand Nord. Il risque sa vie à plusieurs reprises durant le périple, comme tant d’autres chercheurs d’or il lutte contre les éléments et ce froid qui glace les eaux comme les ambitions… Il passe le temps avec quelques livres, tente de sensibiliser ses camarades à ses idées ; surtout, il se familiarise avec la nature et ce qu’il appelle le « Silence blanc ». Il découvre l’importance du groupe et de la camaraderie pour survivre en milieu hostile. Au final, la vente de sa poudre d’or ne lui rapportera quasiment rien… Malade, ayant contracté le scorbut, il est contraint de rejoindre la Californie et est rapatrié par le fleuve Yukon. Riche des récits qu’il a enregistré dans son esprit, il va y trouver le matériau pour ses romans à venir. Il apprend que son père adoptif est décédé et est contraint de subvenir aux besoins de sa famille. Il se met alors à écrire (essais, récits…) et envoyer ses manuscrits mais sans succès… Puis après des mois de refus, une nouvelle, A l’homme sur la piste, est publiée par la revue locale The Overland Monthly. Il publiera au final sept nouvelles et se faisant remarque connait finalement le succès en 1900 avec la publication de la nouvelle, Une Odyssée du Grand Nord, pour la prestigieuse revue The Atlantic Monthly. Il frappe les esprits et captive les lecteurs et transforme le tir avec un premier livre, Le Fils du Loup, qui compile l’ensemble de ses nouvelles publiées. Son style accessible lui permet de conquérir un vaste public, de la classe moyenne à l’intelligentsia. Il s’impose dès lors d’écrire au moins mille mots par jour. Il épouse Bessy Madon qui l’avait aidé à préparer le concours à l’université. En début d’année 1901 naît Joan, leur première fille. Cette carrière naissante d’homme de lettres ne met pas son militantisme en sommeil, bien au contraire, il est candidat social-démocrate à la mairie d’Oakland. Un nouveau recueil de nouvelles sur le Klondike est publié, Le Dieu de ses pères, confirme son talent. Il se fait alors ses premières armes en tant que reporter et va couvrir la Guerre des Boers, la guerre étant finie peu de temps lors de son départ il séjourne à Londres et au contact de la classe ouvrière constitue la matière de son reportage sur la vie de l’Est End londonien. De cette expérience naîtra le livre Le peuple d’en bas, qui rend compte des conditions effroyables dans laquelle vit la classe ouvrière et prolétaire de la capitale. S’il écrit sur les déshérités, il témoigne aussi visuellement en prenant des photos qui serviront d’illustrations. Jack ne connait pas le succès mais va renouer avec lui grâce à un personnage canin : Buck. Peu de temps après la naissance de sa seconde fille, Bess, après quelques nouvelles et romans et nouvelles qui lui permettent de fidéliser son lectorat et d’assoir sa réputation, il publie (dans un premier temps) sous la forme de feuilleton ce qui allait devenir son roman le plus célèbre : L’Appel de la forêt. Ecrite en sept semaines, ce qui ne devait être qu’une simple histoire de chien sera au final une allégorie de la quête de la réussite, de la liberté, de la libération de soi et de la dureté de notre société capitaliste. Jack utilise la figure du loup pour traduire les combats qui furent les siens dans le Grand Nord. Très inspiré par l’influence grandissante de Darwin (capacité d’adaptation dans un monde sans pitié où seuls les plus forts dominent et survivent), le roman sera le Best-seller de l’année 1903. Il intègre alors l’élite littéraire américaine et tourne le dos aux problématiques financières. En seulement deux années, il est devenu pour la critique américaine le Kipling du Grand Nord. Le succès lui permet de faire de nouveau l’acquisition d’un sloop, le Spray, et part en solitaire naviguer sur la baie de San Franciso. Il publie à un rythme effréné, chacun de ses romans est une occasion pour distiller indirectement sa pensée et philosophie politiques, ce qu’il appelle « le motif sous le motif » et qui use de ruses et de stratagèmes afin de promouvoir ses idées politiques.  Alors que son premier mariage bat de l’aile, il fait la rencontre de Charmian Kittredge qui va devenir sa seconde femme et sera aussi son alter-ego.

En 1904 il part couvrir le conflit russo-japonais et embarque sur la Siberia. Il rejoint la Corée clandestinement et assiste aux manœuvres militaires de l’armée nippone sans malheureusement assister aux combats entre russes et japonais. Les journalistes ne pouvant assister qu’à distance au conflit il s’énerve contre un militaire japonais, le frappe et est incarcéré. Il est sauvé in extremis par le président Roosevelt en personne qui plaide sa cause. Il est renvoyé aux Etats-Unis. Alors que les USA commencent à étendre leur influence sur le reste du monde, sa politique étrangère permettra à London en tant que reporter de voyager facilement. Ses nombreux voyages auront pour conséquence de finaliser son divorce avec Bessy Madon qui obtient la garde de leurs deux enfants.  Une fois le divorce prononcé, il se rapproche de Charmian avec qui il partage les idées et se met en ménage avec elle dans un ranch situé dans la Valée de La lune. Le 18 novembre 1905 il l’épousera à Chicago. Charmian faisant office de dactylographe, tape ses manuscrits et devient son compagnon d’aventures, le suivant fidèlement dans toutes ses aventures. En attendant, fin 1904, il débute l’écriture de Croc Blanc, inversant cette fois-ci le processus… Créant un chien qui va passer de l’état sauvage à l’état dit « civilisé ». Malgré l’immense succès et la richesse, London n’en renie pas ses idéaux et soutient la révolution russe, incitant les travailleurs américains à en faire de même. Il effectue de nombreux discours dans les universités pour faire la promotion des idées socialistes auprès des étudiants et effectue des déclarations fleuve ; son exclamation insurrectionnelle « Au diable la Constitution » lui vaut d’être alors considéré par les Etats-Unis comme dangereux et d’être fiché. Il fait l’acquisition d’un ranch dans la Sonoma Valley qu’il surnomme le Hill Ranch, tentation de créer son univers où le travail de la terre de confond avec celui de l’écriture.  Il n’oublie pas dans ses nombreuses publications de mêler romans d’aventures (L’Enjeu, La Patrouille de pêche, les pirates de San Francisco…) et ouvrages ou articles ouvertement politiques, il devient d’ailleurs en 1906 le président de l’Intercollegiate Socialist Society qui a pour vocation de promouvoir le socialiste aux Etats-Unis. Il commence à se faire de sérieux ennemis mais son public ne lui en tient pas gré… Afin de prendre ses distances, il décide alors de se faire construire un bateau (le Snark)  et de partir avec un petit équipage sillonner les mers durant sept longues années. Il est le témoin du tremblement de terre de San Francisco qui en avril 1906 réduira la ville en charpies. Son projet de grande croisière à travers le tour du monde est alors retardé mais finalement concrétisé.  Le 3 avril 1907 son voilier quitte le port de la ville. L’ambitieuse aventure prend cependant rapidement l’eau (au sens propre comme au sens figuré) du fait de son amateurisme, de celui de son équipage et du Snark qui comporte quelques anomalies en termes de construction. Il séjourne alors à Hawaï où l’annonce du séjour du couple London suscite l’engouement. Il donne régulièrement des conférences tant sur la littérature que la politique. Il explore les différentes îles de l’archipel. Son voilier réparé il part pour la Polynésie française et effectue une escale dans les Marquises et voie de ses yeux certaines des îles décrites dans un des romans de Melville… Cependant, il ne reste rien du paysage paradisiaque décrit par Melville, la plupart des habitants ayant péri avec l’arrivée des occidentaux et les maladies auxquels les natifs n’étaient pas immunisés. Il décide alors de gagner les mers du sud. A Samoa il rend hommage à Stevenson qui vécut dans l’île ses dernières années. Dans les îles Salomon où il se frotte à des conditions on ne peut plus inhospitalières, il trouve la matière pour l’Aventureuse. Il gagne ensuite l’Australie. Tel un ethnologue, il constitue avec ses photos des documents d’un grand intérêt. La santé de l’équipage et de London se dégrade alors, l’obligeant à mettre un terme à son expédition. Le traitement à base d’arsenic qui sera utilisé pour le soigner dégradera à jamais ses reins et causera quelques années plus tard sa mort. Après 27 mois d’absence London et les siens sont finalement de retour en Californie.

 Le romancier à succès qui a livré en 1909 ce que les amateurs tiennent pour son chef-d’œuvre, Martin Eden,  se voue alors corps et âme à son ranch et tente sans épuiser les sols de cultiver avec des méthodes apprises en Corée. Avant-gardiste, faisant de l’agriculture écologique avant l’heure… En total autodidacte il développe sa propre méthode de production. Il se lance aussi dans l’élevage et fait alors l’acquisition d’un nouveau terrain et investi toute son argent dans la construction de La Maison du Loup dont les coûts sont colossaux. Il laisse le suivi des projets à sa sœur et repart avec Charmian pour de nouveaux voyages. Après un accouchement difficile, leur fille Joy décide suite aux forceps pour l’extraire du corps menu de Charmian. London n’en finit pas d’écrire et de publier afin de pouvoir financer ses projets, on y trouve entre autres La Croisière du Snark où il retrace son expédition et qui sera sujet à polémiques du fait des photos qui accompagnent le livre, la présence « d’indigènes » pas ou peu vêtus faisant scandale. Durant l’année 1912 trois recueils sont publiés qui tous puisent dans les aventures nautiques de l’écrivain (Chun Ah Chun, Fils du soleil, Belliou la fumée). Jack London commence à broyer du noir, s’enferme dans une dépression qui lui fait de plus en plus lever le coude. Charmian effectue de nouveau une fausse couche dont les conséquences physiologiques l’empêcheront à jamais d’enfanter ; les dés étant jetés : ils n’auront jamais d’enfant ensemble. Tentant de se refaire une santé, il suit une cure de désintoxication alcoolique et soutient même les partisans de la prohibition via Cabaret de la dernière chance. Jamais loin des mers, London et Charmian effectuent de nombreuses croisières ne se doutant pas que l’année 1913 sera celle de la guigne : la Maison du Loup brûle la veille de son inauguration, mauvaises récoltes, soucis de santé, quelques procès, mauvais placements financiers…  Il est étranglé par les dettes et, alors que sa santé commence à donner quelques signes alarmants, il est contraint d’écrire comme un forçat pour faire retentir le tiroir-caisse. Alors que l’année 1914 sonne le début de la Première Guerre Mondiale, il part pour le Mexique comme correspondant de guerre pour l’hebdomadaire Collier’s. Alors qu’il est arrêté par les autorités américaines du fait de son article Le Bon Soldat où il témoigne de son fervent antimilitarisme, il se doit de renier celui-ci afin de pouvoir embarquer pour Vera-Cruz. Bizarrement, peut-être du fait de la pression que le gouvernent exerce sur lui, lui qui par le passé avait soutenu la révolution mexicaine ne prend désormais plus fait et cause pour ses camarades mexicains et penche pour son pays du fait des intérêts tant financiers que pétroliers qui en découlent. En désaccord avec le Parti Socialiste américain, qui lui reproche de renier ses idéaux, il en démissionne. Jack et Charmian passent alors le plus claire de leurs temps à Hawaï. Au calme, loin des agitations de ce monde, il retrouve la qualité d’écriture (La Force des forts, Les Mutinés de l’Elseneur, La Peste écarlate, Le vagabond des étoiles…) qui fut la sienne à son firmament ; à noter que ses lectures de Jung l’influencent et lui offrent de nouvelles perspectives quant à son parcours d’homme et son univers romanesques. Acculé financièrement, sa société vinicole, La Jack London Grape Juice Comany, faisant faillite, il est contraint de s’investir dans le cinéma via des adaptations de ses romans pour se renflouer avec la firme Bosworth. Il comprend très tôt l’impact que va avoir le cinéma dans la société même si l’industrie du septième art n’est alors que balbutiante. Malheureusement les films tirés de ses œuvres ne rapportent pas les gains espérés… London qui fut longtemps un des grands partisans du Parti Socialiste en démissionne, accusant celui-ci de se perdre dans le réformisme ai détriment de ses aspirations premières, de son côté on lui reproche de s’être embourgeoisé et converti au capitalisme. De retour en Californie, alors qu’il souffre horriblement de ses calculs rénaux et du lupus, il s’administre un soir une dose massive de morphine. Le lendemain matin, les médecins ne peuvent que constater sa mort qu’ils attribuent à une crise d’urémie. Suicide ou pas, il est déclaré mort le 22 novembre 1916 à l’âge de quarante ans.

Relire aujourd’hui du Jack London, c’est réaliser que plus les choses changent plus elles restent les mêmes… La technologie a modifié notre quotidien, l’industrie des loisirs a investi nos sociétés mais structurellement prédomine toujours le vieux schéma que les marxistes appellent l’exploitation de l’homme par l’homme ; le système pyramidal qui régit notre monde et la reproduction sociale est toujours en activité ; ce que l’on appelle ingénierie sociale conditionne et endoctrine les cerveaux comme jamais ; notre part d’individualité et notre quête de liberté sous toutes ses formes sont aspirées par la toute puissance d’un système qui broie nos aspirations les plus nobles… En cela London est intemporel car il a souvent traité de l’inadaptation envers un monde qu’il réprouvait et qu’il pensait comme tant d’autres pouvoir modifier par le socialisme, lui qui fut au centre des grand mouvements politiques et sociaux de la fin du XIXème siècle. Il fut d’ailleurs une des figures du mouvement au point que Troski rédige la préface de l’un de ses romans, Le Talon de fer où via une dystopie il décrivait une tyrannie capitaliste et fascine à l’œuvre aux Etats-Unis qui se révèle avec le temps ô combien visionnaire. Ce qui ne doit cependant pas nous faire oublier qu’il résidait une part de dualité (pour ne pas dire contradiction) chez London due à son syncrétisme : socialiste et à la fois à la recherche d’un confort social, révolté mais aussi défenseur d’une forme d’ordre, soutien de la première heure des insurgés lors de la révolution mexicaine via le recueil Avec vous pour la révolution  puis par la suite réprouver leur action,  darwiniste social (voire nietzschéen à ses heures)  et à la fois socialiste militant et utopique… Ce n’est donc pas un hasard s’il rompra tant avec le Socialist Labor Party que le Parti socialist d’Amérique. Toujours est-il que cet auteur prolifique (plus d’une cinquantaine de livres) que l’on peut retrouver autant dans les collections jeunesse que dans les mains de lecteurs engagés politiquement continue à voguer dans nos esprits comme il voguait à pleines voiles…

Romain Grieco

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