Neil Young, plus d’un demi-siècle au service du rock…

NEIL YOUNG PAINT

Neil Young est une légende voire une désormais institution, un artiste protéiforme, un survivant d’une époque lointaine qui fait de lui une archive vivante. Du folk au rock le plus « testiculaire » qui lui valut d’être une souvent considéré comme le parrain du grunge, il a signé quelques chansons qui sont rentrées dans le patrimoine de la musique populaire de ces cinquante dernières années. Moins célébré que Dylan mais tout autant respecté, l’homme issu du mouvement hippie est, sans renier une certaine verve utopique, ancré dans son époque et impliqué dans nombre de combats on ne peut plus contemporains… 

Neil Percival Kenneth Young nait à Toronto le 12 novembre 1945, fils cadet d’un journaliste sportif et écrivain reconnu au Canada qui sombrera dans la démence vers la fin de sa vie. Dès son plus jeune âge il est confronté à la maladie, la poliomyélite ne passant pas bien loin de le faucher et de nombreux autres maux qui lui pourriront son enfance comme la diphtérie.  Lorsque ses parents se séparent et qu’il par vivre à Winnipeg avec sa mère, il abandonne l’école et n’est pas encore atteint par le virus de la musique, rêvant de devenir fermier, préférant le labeur de la terre aux accords de guitare. Comme tant d’autres adolescents il va être marqué par l’apparition du rock n’roll avec les pionniers du genre comme le mythique Elvis Presley, Roy Orbison ou encore le pionnier que fut Chuck Berry. Avec sa première guitare, une Gretsch, il commence alors à égrener ses premiers accords et fonde à quinze ans son premier groupe les Squires. Début 1964 il commence à s’émanciper de ses héros d’enfance, découvre Bob Dylan et compose ses premiers titres, il est alors très influencé par la British Invasion avec des groupes comme les Beatles ou les Kinks. Au printemps 1965, il fera une des grandes rencontres de sa vie avec Stephen Stills qui avec son groupe de l’époque, The Company, tourne au Canada. Entre les deux futures stars le courant passe tout de suite, ils sont sur la même longueur d’onde et savent qu’ils feront un jour route commune. Entre temps Neil Young devient leader des High Flying, tourne au Canada, passe une audition à New-York qui ne se concrétisera pas pour le label Elektra, traîne ses guêtres un peu partout aux Etats-Unis et incorpore finalement le très prometteur groupe Mynah Birds à Detroit du regretté Bruce Palmer, alors que le groupe a été signé sur le prestigieux label Motown l’histoire du groupe est avortée par l’un des membres du groupe, Rick James (qui connaîtra le succès dans les années 80 avec le funk), qui est rattrapé par l’armée et arrêté pour désertion. Quelque peu désabusé, Neil Young prend la route 66, conduisant un corbillard surnommé Mort’(idéal pour ranger le matériel et les instruments) et fumant joint sur joint, fermement décidé à retrouver son futur compère Stephen Stills qui l’attend et faire carrière dans le business… Leurs retrouvailles se font par le plus grand des hasards sur Sunset Boulevard, c’est les débuts de Buffalo Springfield…

Buffalo Sprinfield (composé de Neil Young, Stephen Stills, le talentueux guitariste Richie Furay, Bruce Palmer à la basse et Dewey Martin à la batterie) s’impose dès leur premier disque en 1966 qui comporte le célébrissime « For What It’s Worth ». Stills et Young signent l’intégralité des compositions. Le second album (sans Palmer renvoyé au Canada), Buffalo Sprinfield again, confirme l’aura du groupe. Neil Young qui n’est pas détenteur de la « green card » parvient grâce à ses connaissances et 5 000 dollars à l’obtenir, régularisant ainsi sa situation sur le territoire états-unien, il dira à ce sujet que « Le capitalisme m’a sauvé ». Nous sommes en plein Flower Power, les musiciens du groupe évoluent dans des mondes parallèles où les stupéfiants en tout genre (LSD, acides…) rythment leur quotidien et influence tant leur musique que les textes… Neil Young fera plusieurs crises d’épilepsie du fait de son cortex enfumé, ce qui ne l’empêche pas d’attirer tous les regards lors des concerts du fait de son charisme. Après une décente de flics qui fera les grands titres des journées et diverses arrestations pour possession de marijuana, une fois sorti le troisième album du groupe, le bien nommé Last time around, Buffalo Springfield se sépare suite aux dissentions entre les deux leaders du groupe. Après une tournée d’adieu, il signe un contrat pour un album solo qui parait en janvier 1969. Le disque est un sévère échec commercial malgré quelques bons titres. Lors d’un concert au Whisky A Gogo il sympathique avec des musiciens new-yorkais, les Rockets, avec qui il se lie ; il les recrute et fonde alors un nouveau groupe : Crazy Horse. Après une courte tournée sur la Côte Est, il retourne en studio pour enregistrer avec eux son deuxième album studio en mai de la même année, Everybody knows this is nowhere, qui se révèlera bien supérieur au premier et comporte quelques perles. Le groupe Crazy Horse est indissociable de la carrière de Neil Young puisqu’il l’accompagnera au total sur onze albums studio. La brouille avec Still n’aura au final duré pas plus d’un an, alors que Neil Young commence sa carrière solo il se voit en parallèle intégrer Stills, Nash & Crosby (ancien membre des Byrds) dont le premier album a remporté un succès commercial inattendu. Son patronyme est alors ajouté au quatuor mythique, il les rejoint sur scène à Woodstock et sa participation au groupe qui est désormais un quatuor va crescendo puisqu’il apporte quelques titres. Déjà vu, confirme qu’il s’agit d’un des groupes les plus inventifs du début des années soixante-dix et est un carton puisqu’il atteint le première place des charts aux USA. Neil Young vit une de ses périodes artistiques les plus foisonnantes puisqu’il ne cesse de composer et d’enregistrer ; à peine quelques mois après la sortie de Déjà Vu sort un des grands classiques de Neil Young, After The Goldrush, qui lui permet d’atteindre le top ten des ventes. Cet album est un très bon témoignage des aspirations et de l’état d’esprit de la jeunesse de l’époque où se cristallisent les grandes pensées idéologiques de l’époque : pacifisme, écologie, désillusion envers la classe politique, etc… Neil Young effectue alors une mue qui lui fait s’éloigner des utopies et gagner en réalisme acharné, il en profite pour quitter le monde urbain et la folie de Los Angeles où il réside et s’installer dans un ranch au nord de la Californie où il renoue avec la fascination qu’exerçait la nature lorsqu’il était enfant et ses aspirations chamanistes, parlant souvent de la présence du Grand Esprit. Il se passionne alors pour les voitures, passion qui ne le quittera plus jusqu’à collectionner et piloter des prototypes fonctionnant à l’électrique (la fameuse Linc Volt) et l’éthanol.

Sort alors en février 1972 son album solo le plus vendu, Harvest, qui encore aujourd’hui conserve toute son aura et contient des standards comme « Old Man », « Heart Of Gold » ou encore « The Needle and the Damage Done ». S’il est peu avant-gardiste en soi, l’album est le reflet de ce qu’est son créateur lorsqu’il le composa et l’enregistra, un artiste venant d’acquérir une maturité qui le faisait entrer réellement dans l’âge d’homme. L’album devient numéro un aux Etats-Unis et en Angleterre et remporte en France le très respecté prix Charles-Cros. Alors qu’il pourrait jouer la sécurité, ses recycler et surfer sur une vague qui lui permettrait de conserver gloire et richesse il ne cesse de prendre des risques, de s’aventurer là où son public ne l’attend pas et s’imposer des choix artistiques qui le font sortir de sa zone de confort. Fasciné par le cinéma, il sort un film autobiographique aux allures de documentaire, Journey Through The Past, où bien que réalisé avec amateurisme et dans des conditions artisanales laissent percevoir l’âme d’un homme qui trop consciente du monde qui l’entoure pour tomber dans les travers de la rock star. Neil Young va alors être confronté à une série d’épreuves qui le forgeront et qui l’endurciront lorsqu’il devra de nouveau faire face aux soubresauts de l’existence. Comme tant de musiciens de l’époque tombant dans les drogues dures il perd son grand ami et guitariste de Crazy Horse Danny Whiten d’une overdose d’héroïne. Puis, outre sa séparation avec sa compagne de l’époque, il apprend que son premier fils Zeke souffre d’un léger handicap moteur qui nécessitera jusqu’à la fin de ses jours un appareillage pour ses mouvoir. Cela commence à faire beaucoup… Il se réfugie dans son ranch, se coupe du monde, se « misanthropise » et broie du noir. Après une tentative avortée de réunion du quatuor Crosby, Stills, Nash & Young, il retrouve l’inspiration et l’envie d’écrire et compose le matériel pour Tonight’s The Night. L’album publié deux ans après son enregistrement s’avère conforme à celui qui en accoucha, il est crépusculaire, remplie d’amertume, la joie et l’insouciance d’entant n’ayant plus leur place.

L’entrain et l’inspiration peinant pour Corsby, Stills, Nash & Young, Neil s’empresse d’enregistrer pour son compte personnel. Alors que nous sommes en 1975 sort Zuma, un album rageur où il s’essaie de déployer toutes les aspérités et facettes de sa musiques, de la plus folk à la plus rock. Durant les années qui viennent, entre des collaborations bien moins inspirées que par le passé avec son acolyte Stephen Stills et ses réunions nécessaires avec son groupe Crazy Horse, Neil Young étonne autant qu’il déconcerte voire déçoit, heureusement la compilation Decade rappelle quel grand bonhomme du rock il est et le chemin qu’il a parcouru armé de sa guitare. Il s’éloigne du sommet des charts américains et ne les retrouve que lors de nouvelles collaborations féminines (Linda Ronstadt et Nicolette Larson). Si d’un point de vue discographique Neil Young n’est pas à son firmament, c n’est pas le cas sur scène comme le prouve le documentaire Rust Never Sleeps qui qui permet de saisir le maelstrom de ses prestations scéniques avec Crazy Horse et est une bonne incarnation de ce qu’est la fureur du rock., l’album sera d’ailleurs élu « disque de l’année » par le magazine Rolling Stone. Avec des titres qui alimentent toujours la flamme, lui font bénéficier d’un capital sympathie constant et duy respect de la jeune génération de musiciens qui ne manque pas d’égratigner les vieilles gloires du rock, d’une rare honnêteté musicale Neil Young  traverse la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt sans devenir ringard. Quat à sa vie d’homme, il alterne là aussi les joies et les coups durs ; le fils qu’il a avec sa deuxième compagne, Ben Young est lui aussi handicapé ; tétraplégique, souffrant d’une grave infirmité motrice cérébrale qui le coupe du monde. Un deuxième enfant naîtra de leur union en 1984, Amber Jean Young qui prendra elle aussi des chemins artistiques pour devenir un jour peintre.

Alors qu’aux Etats-Unis Ronald Reagan est en passe de devenir président, Neil Young sort deux albums très rhytm’n’blues où bien souvent il s’attaque à la politique de cet homme qu’il vilipende et considère comme l’antithèse de l’idéologie issue du Flower Power er des hippies. Déconcertant encore plus ses fans, il sort un album électronique sur le label de David Geffen, Trans, inspiré par les difficultés de communication rencontrées avec son second fils Sen. Avec sa voix synthétique et ses synthés qui font remplacent les guitares, même les puristes ne comprendront pas… Cet album a au moins le mérite de témoigner de l’intérêt de Young pour les nouvelles technologies… nous en reparlerons plus tard. Il se cherche, tente de se renouveler, de ne pas se répéter et sort en 1983 un album très rockabilly, Everybody’s rockin’, qui témoigne une fois de plus d’un manque d’inspiration camouflé par des excentricité peinant à masquer une stérilité artistique… heureusement temporaire. Il cofonde en 1985 le concert de charité Farm-Aid en faveur des fermiers indépendants qui perdure encore toujours aujourd’hui et rappelle l’attachement de Young pour le métier de la terre. En 1987 alors que personne n’aurait misé un dollar sur une réunion possible du quatuor mythique, après quelques sort l’album American Dream dix-huit ans après Déjà Vu. Il n’accompagnera cependant pas les autres membres du groupe préférant reprendre le chemin qui est le sien. Il sort un EP, Eldorado, et sort quelques albums qui le font vénérer de la scène grunge qui voit en lui un père spirituel. Comme une poignée de musiciens avant lui, l’homme est statufié de son vivant et multiplie les collaborations, les apparitions, les réunions avec Crosby, Stills & Nash. Young a retrouvé l’inspiration et désire le faire savoir… Il écume les salles avec Crazy Horse et se fait incarnation du rock chaque soir en montant sue scène comme en témoigne le live Arc-Weld… Alors que les conflits au Moyen-Orient commencent à impacter l’Occident et en premier lieu les Etats-Unis et leur politique interventionniste, Neil Young lâche ses notes comme on lâche des bombes. Après des déluges de guitare électrique et des sons tous plus fiévreux, stridulants et rageurs les uns que les autres, Neil Young revient vers une douceur qu’on ne lui avait pas connue depuis longtemps avec l’album Harvest Moon en 1992. Pour une fois il semble tenté par la nostalgie, ce templier du rock semblant regarder dans le rétroviseur et retrouver les aspirations utopiques envolées de sa génération.  L’année 1993 sera une belle année pour Neil Young, outre un succès issu du film Philadelphia, il rencontre lui aussi le succès avec la énième déclinaison « Unplugged » de MTV où bien entouré il revisite ses plus grands succès en leur apportant une nouvelle saveur on ne peut plus intimiste où l’émotion est à son comble. Reprenant une nouvelle fois la route pour des interminables tournées, Neil Young retrouve Crazy Horse et sort en 1994 Sleeps With Angels un album dédié à Kurt Cobain avec qui Neil Young avait tissé un réel lien d’amitié. L’année suivante, alors qu’il entre au Rock and Roll Hall of Fale, il s’enferme en studio avec les musiciens d’un autre groupe phare du grunge, Pearl Jam, pour y enregistrer l’album Mirror Ball. Il signe aussi la bande originale de Dead Man du réalisateur Jim Jarmush et sort un autre album (Broken Arrow) avec Crazy Horse où l’homme, droit dans ses bottes, ne semble pas fléchir. Pèlerin du rock un jour, pèlerin du rock toujours, il continue de manière inlassable en bon artisan à sortir des albums : Silver and Gold en 2000, Are you passionate ? En 2002, Greendale en 2003, Prairie Wind en 2005, le très anti-Bush Living with War en 2006, Chrome Dreams II en 2007, Fork in the Road en 2009). Après avoir été dans la tradition il est désormais une institution…

Changement de décennie, sur les recommandations de son médecin Neil Young arrête l’herbe et ne lève quasiment plus le coude. Passionné par la technologie, il tente d’imposer la technologie Pure Tone aux ténors de l’industrie musicale afin de permettre à l’auditeur d’obtenir un son sans équivalent. Outre ses activités de mécénat et industrielles, il n’en oublie pas la musique et s’associe en ce début de décennie avec son compatriote Daniel Lanois pour son 33ème album studio, Le Noise, où de manière minimaliste (guitare et voix) il chante la révolte qui l’habite quant à la détérioration constante de notre planète. En 2012 il publie deux albums, un album de reprises (Americana) et un autre avec Crazy Horse (Psychedelic Pill). Deux ans plus tard il sort l’album A Letter Home ou Jack White apparait sur deux titres. Le Neil Young engagé sort dans les bacs un album militant entièrement dénié à sa détestation contre l’entreprise agroalimentaire Monsanto sobrement nommé The Monsanto years. Durant les neuf chansons qui compose ledit album, il ne cesse de dénoncer le semencier américain et ses pratiques. Il est vrai que l’engagement écologique de Young ne date pas d’hier et si certains l’on accusé d’opportunisme il est bon de rappeler qu’il est une des rares stars du show business à avoir un mode de vie qui ne contredit pas son engagement. Supporter malheureux de l’honnête Bernie Sanders, son dernier album, The visitor, qui se veut une charge contre l’actuel président des Etats-Unis témoigne de son  implication réelle (et non de façade) dans la vie politique. Enfin, n’ayant plus rien à prouver si ce n’est de rester conforme aux idéaux de sa jeunesse, il défie l’argent roi en créant un site gratuit sur lequel il travaillait depuis des années et qui se veut une version high-tech de ses archives ; tel un fonds documentaire le fan peut naviguer dans son univers et y découvrir des inédits. Toujours obsédé par la perfection sonore et désireux d’offrir un son d’une rare qualité, il a développé pour l’occasion avec la société Singapour Orastream un format vingt fois plus lourd que celui du standard MP3… Vivant désormais à Hawaï face à l’océan, il continue bien que septuagénaire à parcourir le monde dans un monde de moins en moins libre et au seuil de l’effondrement…

Romain Grieco

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