Johnny Cash, cantiques et country

JOHNNY CASH PAINT

Johnny Cash fut une des grandes voix de l’Amérique mystifiée, celui qui se surnommait « The Man in black » célébrait à travers cette couleur les sans-grade  et les exclus du rêve américain. Du succès à sa traversée du désert puis enfin sa résurrection grâce au producteur Rick Rubin qui le fit découvrir à la jeune génération, la trajectoire humaine et musicale de ce fervent baptiste devenu chanteur lui confère une aura évangélique… Ce disciple de Saint-Paul disparu en 2003 est aujourd’hui une véritable icône célébrée bien au-delà des sphères restrictives de la country.

John R.Cash qui se prétendra être un des descendant du premier roi d’Ecosse naquit le 26 février 1932 à Kingsland, et autant dire que ses premières années  furent bien loin de l’enfance dorée d’une famille de sang bleu. Son père, Ray Cash fils d’un pasteur baptiste, et sa mère, Carrie Rivers, sont des fermiers où le dur labeur côtoie la misère ; leurs sept enfants vivent dans une baraque qu’ils appelèrent « maison à canarder » tant elle était faisait pitié à voir ! La Dépression de 1929 a laissé des stigmates dans cette région des Etats-Unis, comme tant d’autres de fermiers ruinés, les parents de Johnny tentent leur chance en Arkansas où un programme fédéral de distribution de terrains cultivables à des conditions préférentielles leur permettrait de retrouver espoir, c’est en effet la promesse d’une maison digne de ce nom, d’une grange, d’un équipement permettant de cultiver les vingt acres mis à disposition… Si avec les années leur sort s’améliorera, le démon de l’alcool viendra pourrir la vie de famille des Cash, Ray sombrant dans l’alcool et se défoulant en priorité sur sa femme et ses enfants de temps à autre. Johnny est un gosse qui ne rechigne pas au travail manuel, se bat contre les éléments, porte des sacs à s’en faire saigner les mains et à s’en casser le dos, un de ses frères n’y survivra d’ailleurs pas… C’est cette expérience avec la dure réalité des petites gens qui lui fera un jour s’habiller en noir de la tête aux pieds, par fidélité vis-à-vis de ceux qui souffrent ; comme il le chantera : « Je porte du noir pour les pauvres et les opprimés qui habitent les quartiers où règnent la faim et le désespoir ».

Les seuls moments de répit que connaît le jeune Johnny c’est lorsque sa mère prend sa guitare et chante des cantiques, ces chants irrigueront à tout jamais l’âme et la musique du futur chanteur qui ne cessera de chanter du gospel et façonnera son être tout autant que son univers musical singulier. Le gospel et la religion seront à jamais les socles de son enfance, de son milieu social et de cette mère qui eut une influence majeure tant sur l’homme que l’artiste à venir. Protestant et baptiste comme d’autres grands noms de son pays avant lui, Abraham Lincoln ou Martin Luther King, le christianisme pratiqué dans cette partie du sud des Etats-Unis est indissociable de la musique de Johnny Cash même si le gros de son répertoire est composé de chansons « profanes ». Comme tous les gamins de sa génération, il est fasciné par les sons qui sortent de la radio familiale, il y découvre la musique autre que celle qu’entonne sa mère. Pour l’heure, une carrière dans la musique n’est même pas envisagée par le jeune Johnny Cash, il ne pense qu’à quitter son patelin et courir les filles.Devant le peu d’opportunités qui s’offrent à lui, tandis que la guerre de Corée s’annonce il s’engage alors en 1950 dans l’armée de l’air…

Après avoir effectué ses classes et effectué une formation de techniciens en transmissions, il échappe au sort qu’auront nombres de jeunes militaires : combattre pour l’Oncle Sam en Corée. Il se retrouve muté en Allemagne où ses compétences sont demandées ; en marge vis-à-vis de ses camarades du fait de la ligne de conduite baptiste qu’il s’essaie de respecter, il ne s’adonne pas aux petits défouloirs que le casernement suscite chez les autres militaires. Plutôt taciturne, il suscite la curiosité. Cependant, c’est durant cette période militaire qu’il fera deux rencontres importantes de son existences… La rencontre avec sa première femme, Vivian Liberto (qui n’a encore que dix-sept ans) et sa première guitare guitare. Si la relation avec sa première femme se terminera avec perte et fracas, celle avec cette guitare bon marché où il s’emploie à apprendre les accords de base durera jusqu’à son dernier souffle… La musique et Johnny, c’est une histoire qui durera plus de cinq décennies… Après les rudiments nécessaires, il s’emploie à composer ce qui lui trotte dans la tête, et ce sera un coup de maître puisque le débutant guitariste accouchera de « I walk the line ». De retour aux Etats-Unis quatre ans plus tard, Johnny ne perd pas de temps, il épouse Vivian qui tombe peu de temps après enceinte. Pour subvenir aux besoins de la famille il s’essaie à des petits boulots qui se soldent souvent par des échecs. Pour se changer les idées, alors qu’il travaille comme vendeur de produits électroménagers, il joue tous les soirs avec deux acolytes (Luther Perkins et Marshall Grant), leur répertoire étant essentiellement fait des grands standards country de l’époque. Ne voyant aucune perspective d’avenir se dessiner ailleurs que dans la musique, le père de famille qu’il est prend son destin en mains et s’emploie à contacter des labels dans l’espoir qu’on lui mette le pied à l’étriller…

Alors qu’ Elvis Presley change pour toujours le paysage musical des USA, Johnny Cash va répondre à une des auditions de celui qui a révélé le « King » au monde… Sam Philips le fondateur du célèbre label Sun records. Après avoir harcelé Philips, ce dernier lui donne finalement sa chance, sous la forme d’un trio Cash donne tout ce qu’il a, de son âme à sa voix. Le producteur décèle le talent et le potentiel de l’aspirant chanteur, bien qu’il le trouve un peu trop porté sur la religion, et lui fait signer un contrat sous le nom de Johnny Cash & The Tennessee Two. Le premier single « Hey Porter » ne le fait pas encore rentrer dans la légende mais le second lui fait gravir la première marche qui l’y amène… « Folsom Prison Blues » marque les esprits et contribuera à la réputation de taulard de Johnny cash, réputation infondée car même dans ses pires heures le chanteur esquivera la case prison. S’ensuit le légendaire « I walk the line » sorti en mai 1956 qui, un brin autobiographique, est le reflet du jeune homme qu’il était à l’époque, la chanson vantant la fidélité conjugale alors que les tentations de fauter ne manquent pas… La chanson fait un carton et parvient à conquérir un public bien au-delà des sphères du country. La carrière de Johnny Cash est lancée, le personnage va autant s’affirmer que s’affiner, il a le sens du spectacle et est son propre manager ; l’homme va effectuer différentes mues à mesure qu’il prendra de l’âge et, chose rare, ne cessera de se bonifier avec l’âge même s’il commit quelques impairs durant sa (longue) carrière. L’année 1957 verra la sortie de son premier album, premièren consécration il se produira en même temps au sein du « Million Dollar Quartet » aux xôtés d’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins, rien que ça… De cette période naître sa lapidaire et légendaire façon de se présenter en début de concert : « Hello I’m Johnny Cash ».

En 1958, tout comme Elvis qui quitta le label Sun Records pour RCA, Johnny fait à son tour ses adieux à Sam Philips pour Columbia. Il négociera bien son départ et y gagnera une indépendance musicale qui lui était refusée, il en profitera durant sa collaboration avec ce label pour enregistrer un disque religieux, Hymns By Johnny Cash, des live composés de concerts enregistrés en milieu carcéral et s’engager politiquement via un album prenant fait et cause pour les indiens (Bitter Tears). Alors que le succès est sans cesse grandissant et que son aura dépasse les frontières de son Amérique natale, Johnny connaît une des périodes les plus sombres de sa vie, un engrenage lancinant qui lui fera passer les années soixante dans les pires conditions : alcoolisme chronique, consommation d’amphétamines, héroïne… Cash sera arrêté en 1965 au Texas pour possession d’héroïne, il évite in extermis l’emprisonnement. Sa rencontre avec la chanteuse June Carter qui sera le grand amour de sa vie et sa deuxième femme le sauvera de la mort et le fera au passage divorcer de Vivian Cash avec qui il eut quatre enfants. June lui écrira alors une chanson qui deviendra un de ses plus grands hits « The Ring of Fire » qui décrit bien le cercle sans issue dans lequel s’était enfermé son bien aimé…

De cette longue période doloriste où il tutoya la camarde il en ressortit plus fort que jamais, de cette souffrance et de cette première résurrection on en constate les effets hiératiques via des paroles de plus en plus profonds qui le fait détonner avec le reste du monde de la country ; si Cash n’est pas un lettré de la première heure à l’instar de Bob Dylan avec qui il va nouer une réelle amitié à la fin des sixties, ses textes deviendront ceux d’un poète emprunt de mysticisme qui feront de lui un parolier de premier ordre. Symbolisant cette résurrection et ce besoin d’aller vers ceux qui n’ont pas eu sa chance, il décide de jouer pour ceux qui sont enfermés et qu’importe les raisons… Ce sera le fameux concert donné à la prison de San Quentin, une des plus dures des Etats-Unis ; de cette performance sortira un live qui contient toute l’adrénaline et la tension palpables durant ce concert effectué sous haute surveillance pour un public qui comprenait parmi les prisonniers les plus dangereux du pays… Sur sa lancée, il n’oubliera plus tard la prison de Folsom où le vibrion chanteur fut là aussi acclamé comme un messie…

Alors que les années soixante dix s’annoncent, Johnny Cash étant son aura en composant pour le cinéma, si les films ne sont pas tous des chefs-d’oeuvre les chansons composées pour l’occasion sont de qualité. Ces incursions dans le septième art lui permettent de nouer des liens avec le gratin du cinéma et tout naturellement sera amené à faire l’acteur, quelques westerns et une belle apparition dans un des épisodes de Columbo qui vient faire oublier celle dans La Petite Maison dans la prairie! Il s’essaie aussi à la télévision et a durant un temps sa propre émission, sobrement intitulé le« Johnny Cash Show ». Le chanteur est partout, a les honneurs d’être invité par Richard Nixon à la Maison Blanche, tout semble aller pour le mieux même si musicalement il semble s’essouffler. Sa cote de popularité commence cependant sérieusement à chuter au début des années quatre-vingt, une nouvelle génération de chanteurs country calibrés pour les radios FM avec un son bien policé balaient les vieilles gloires dont Johnny Cash… Après s’être viré du label CBS puis plus tard de Mercury, bien qu’intronisé au Rock N’Roll Hall of Fame, autant dire qu’on ne donne pas cher de la carrière du vieux Cash qui appartient au passé. Cash se réfugie dans l’écriture de son unique roman, The man in white, dédié à l’apôtre Paul. Cependant, un producteur visionnaire célébré dans le monde du rap et du métal, va faire son apparition dans la légende de Johnny… Il s’agit de Rick Rubin. Fasciné par le charisme du chanteur, sa voix et la légende qui émane de « L’homme en Noir », il le fait signer dans sa maison de disque American Recordings en 1994. Il va capter l’essentiel de Johnny Cash, son âme, sa voix, ses expériences humaines qui lui donnent sa teinte si particulière. En lui faisant revisiter des classiques d’artistes et de groupes à des années lumière de la country (Danzig, Soudgarden, Nine Inch Nails, U2, Sting et bien d’autres) Rubin va ressusciter Cash. Entre les deux hommes une amitié et un respect réels vont naître, Johnny allant jusqu’à prier avec son producteur pourtant de confession juive… Si à ses débuts Sam Philips avait tout fait pour brider les élans religieux du chanteur, au contraire Rick Rubin l’exacerbe, d’où la dimension mystique des albums qui sortiront de leur collaboration, soit six opus dont deux posthumes. Le premier album de la série lui permet d’obtenir un Grammy Award et relance définitivement sa carrière. Une nouvelle génération laudatrice se prend d’intérêt pour la légende, son public s’est rajeunit, on l’acclame… Johnny Cash revient n’a jamais été aussi populaire et se permet d’être sardonique envers l’industrie musicale qui l’avait trop tôt enterré.

Il en va ainsi dans la vie d’un homme, la mort nous rattrape toujours tôt ou tard. Les premiers signes de la maladie commencent à le diminuer, neuropathie, pneumonie, diabète qui lentement mais sûrement le prive peu à peu de la vue. Bien que diminué, il continue courageusement à se produire sur scène comme le 6 avril 1999 où au Hammerstein Ballroom de New York épaulé par un nombre considérable de guest stars il donne le change et défie la mort… Le coup de grâce viendra en septembre 2003 lorsque son amour de toujours June Carter décède, il honore sa mémoire lors de son dernier concert le 5 juillet. L’homme est à quelque coudées de la rejoindre… La voix n’est plus, il peut à peine tenir sa guitare, il crache ses poumons qui n’en peuvent plus. Le 12 septembre 2003 l’âge de soixante-douze ans il trépasse, on l’enterre au cimetière d’Hendersonville près de sa bien aimée. On n’est pas loin des obsèques nationales, George W.Bush lui rendra même hommage. Sur la pierre tombale située dans ce petit cimetière du Tennesse est gravé le Pasume 19:14. Avec sa mort, à l’instar d’Elvis Presley c’est une des grandes voix des Etats-Unis qui s’en est allée… L’Homme étant rentré dans les livres d’histoire, tous les ans on ne compte plus des fans faisant le pèlerinage pour se rendre sur les terres de sa dernière maison où il vécut jusqu’à sa mort ravagée par un incendie en 2007 et qui fut revendue pour des millions de dollars au plus offrant… Quant à sa maison d’enfance située dans la petite ville sinistrée de Dyess en Arkansas, elle a été transformée en musée. Si Johnny Cash avait pour culte le christianisme, il en est devenu un à son tour… RIP.

Romain Grieco

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