La Nouvelle Vague : un schisme dans l’histoire du septième art

nouvelle vague PAINT

Le mouvement que l’on nommera La Nouvelle Vague n’aura duré qu’une poignée d’années, une brève parenthèse dans l’histoire du cinéma, mais il eut une importance cruciale dans le devenir du paysage cinématographique tant français que mondial. En effet, même s’il déchaina les passions, les critiques les plus hostiles, les cinéastes rattachés à cette déferlante esthétique ont durablement marqué leur empreinte. A des degrés divers, leur influence se fait encore sentir dans le cinéma contemporain et expérimental…

La Nouvelle Vague est un des intermèdes les plus célèbres de l’histoire du cinéma, beaucoup de critiques cinématographiques s’interrogent encore sur la cohérence du mouvement, sa raison d’être (acné générationnelle de réalisateurs français), son influence possiblement néfaste sur la technique et l’art de la réalisation, son incidence sur l’attrait du cinéma pour le public… Nombre de ses figures tutélaires ont collaboré de près ou de loin à la célèbre revue Les Cahiers du cinéma. L’expression consacrée de « Nouvelle Vague » est née de la presse par le biais de L’Express fin 1957 et fut symboliquement adopté en 1959. A l’époque, si le cinéma français se porte bien commercialement, en termes artistiques il est on ne peut plus conventionnel. Une centaine de films tricolores sortent en salle chaque année, nombre des réalisateurs ont commencé avec le cinéma muet et jouit même d’un certain renom à l’étranger, René Clément ayant été consacré aux oscars pour Au-delà des grilles et Jeux interdits, idem pour Jacques Tati avec Mon Oncle. L’industrie du cinéma français, bien qu’encore artisanale sous certains côtés, se porte bien, fresques historiques, films à gros moyens et adaptation de grandes œuvres littéraires règnent en maîtres. La Nouvelle Vague va durant quelques années la malmener et semer le trouble de manière impétueuse dans cette quiétude aux allures de lupanar que ne virent pas venir les producteurs et monstres sacrés du cinéma français…

Le film emblématique du début de cette appellation de genre est certainement Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim avec la superstar de l’époque qu’était Brigitte Bardot. Cependant, des œuvres comme Le Beau Serge ou Les Cousins de Claude Chabrol, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut ou encore Hiroshima mon amour d’Alain Resnais sont considérés comme les quatre premiers films annonciateurs de ce schisme cinématographique… peu de temps suivra le mythique A bout de souffle de Godard. Le mouvement, si on doit parler de mouvement, eut pour « missionnaires » une nouvelle génération de cinéastes qui en conflit esthétique voire idéologique avec leurs aînés ont symbolisé une génération. De 1959 à 1962 une centaine de cinéastes purent éclore en surfant sur cette appellation. En termes de reconnaissance médiatique, celle-ci n’aura pas excédé trois ans (1958 à 1961), le mouvement fit par la suite les frais d’un conflit générationnel. De plus, le succès commercial (à quelques exceptions près) ne fut pas au rendez-vous, le public préférant revenir vers un cinéma français patriarcal, mieux ficelé, plus conventionnel et accessible, ce dernier n’étant cependant pas dénué de qualité. Ce qui relie les jeunes cinéastes associés à ce mouvement est un ensemble de concepts plus ou moins partagés. L’immense majorité d’entre eux ont une démarche intellectuelle, de grands cinéphiles, rejettent une partie des dogmes esthétiques de leurs aînés et sont portés par un mouvement de révolte qui annoncera mai 68 par la suite…  Par bien des aspects, nous ne sommes pas loin du manifeste et comporte des similitudes avec des mouvements comme le dadaïsme ou le surréalisme. On y trouve des leaders (François Truffaut, Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Claude Chabrol, Eric Rohmer…) et des cénacles, des supports éditoriaux (Les Cahiers du Cinéma, Arts) officiant comme des organes de propagande, une doctrine et des ennemis. Nombre d’entre eux utilisant aussi la plume pour s’exprimer, ce mouvement peut aussi être associé à une forme de militantisme.

En termes d’école artistique, on y trouve quelques consensus qui ne seront pas forcément respectés par les chantres du mouvement. Notamment que le réalisateur et l’auteur ne fasse qu’un, cependant nombre de scénarios nécessiteront l’intervention de scénaristes ou dialoguistes professionnels, de plus certaines œuvres majeures furent aussi des adaptations (comme par exemple l’emblématique Jules et Jim) ; réaliser des films personnels sans la nécessité d’un gros budget voire auto-produits… Certains réalisateurs issus du mouvement ne cracheront cependant pas dans la soupe des aides de l’Etat via les aides accordées par le CNC. Il est vrai que pour conserver une liberté artistique totale, il est préférable d’être seul maître à bord. Cela induit des choix esthétiques dictés par une contingence tout aussi financière qu’artistique comme par exemple travailler avec une équipe réduite ou utiliser des non professionnels du monde du cinéma, opter pour le « son direct » en opposition avec la post-synchronisation, choix sue les avancées techniques permettront, une place donnée à l’improvisation (ce que l’on nommera scénario-dispositif) et maintenue dans lors du montage final.

D’un point de vue social, outre la dimension esthétique, on ne peut nier que l’attrait du jeune public pour la Nouvelle Vague est lié bien entendu au fait que certaines des thématiques abordées (incarnées par une nouvelle génération de cinéastes) firent écho auprès d’une jeunesse qui souhaitait se démarquer de l’ancienne génération et du modèle familial sclérosé français. Le mouvement coïncida avec un désir de faire table rase des modèles ancestraux, la jeunesse souhaitant imposer un nouveau modèle de société. La critique de la bourgeoisie, l’ennui, la quête hédoniste loin des routes balisées d’antan portées par la suite par les révoltes estudiantines rencontrèrent la vision des porte-paroles de la Nouvelle Vague. Un désir de renouvellement, d’opposition au patriarcat suscita l’attrait du jeune public du baby-boom. Toutefois, à l’exception d’Agnès Varda, les réalisateurs perpétuèrent le modèle patriarcal ! En revanche, quant aux acteurs, des femmes prirent une belle par dans l’incarnation de ce mouvement… Bernadette Lafont, Anna Karina, Jean Moreau, Claude Jade ou Marie-France Pisier tiennent une place de premier plan avec Jean-Pierre Léaud, Jean-Paul Belmondo, Henri Serre, Jean-Claude Brialy ou Maurice Ronet.

A la pointe de l’avant-garde, La Nouvelle Vague va permettre au cinéma dit « expérimental » de se développer. Peu ou pas narratif, subversif, ne s’adonnant pas à la représentation mais faisant aussi appel au cogito, le cinéma expérimental va créer des passerelles avec « l’art visuel ». De plus, intellectuels et cinéastes vont créer des passerelles qui malheureusement l’écarteront d’autant plus du grand public. D’où un certain snobisme propre à l’intelligentsia autour du mouvement… Aujourd’hui plus d’un demi-siècle après la naissance de ce qui fut un mouvement sans vraiment l’être au final, des réalisateurs plus ou moins jeunes avouent avoir été influencés par La Nouvelle Vague voire s’en veulent les continuateurs… On pense bien sûr à des cinéastes comme Olivier Assayas, Jacques Doillon, André Téchiné, Philippe Garrel et Léo Carrax. Tous ne rencontrent pas le succès commercial pour des raisons esthétiques et qualitatives. Chose certaine, le cinéma français alité aurait bien besoin de jeunes réalisateurs et d’un mouvement (sans être un succédané) à la mesure de celui que fut La Nouvelle Vague (même si la production dans son ensemble est très inégale) pour redorer son blason et de nouveau rayonner dans le monde… N’oublions pas que le cinéma est aussi le porte-drapeau d’un pays, et que le promouvoir avec des œuvres de qualité contribue à l’aura d’une nation. Pour rappel, André Malraux alors ministre de la Culture aida les jeunes cinéastes issus de ce mouvement à émerger… Les réalisateurs ne manquent pas mais un ministre de la Culture de la trempe de Malraux si…  Aux étudiants des écoles de cinéma de faire sans.

Romain Grieco

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