Le cinéma comme outil de propagande

salle de cinéma PAINT

Afin de propager une idéologie et la faire épouser au plus grand nombre, le cinéma est plus que toute autre forme artistique le moyen d’expression le plus utilisé dans notre société contemporaine. Depuis l’utilisation qu’en fit Mussolini, bien que les masses soient moins manipulables qu’elles ne le furent au siècle dernier, le septième art continue (malgré lui) à servir les grands décideurs. Même si la propagande est plus insidieuse, elle est toujours à l’oeuvre. A une époque où l’image est reine, il est d’ailleurs parfois difficile de savoir ce qui relève de l’image journalistique de l’image cinématographique. Quant à la pensée, là où désormais on écoute plus qu’on ne lit, le cinéma détient à son corps défendant tous les atouts pour produire des bovins de l’esprit critique…

Pour orienter l’opinion publique, le cinéma est devenu un outil de propagande qui via le divertissement (voire la caution artistique) influe sur la pensée collective. Il est désormais un des outils de l’ingénierie sociale et des différents pouvoirs ou organes qui ont intérêt à rallier « le peuple » à une cause ou à une idéologie. Lors de conflits, afin de faire accepter à une nation l’entrée en guerre, les Etats-Unis sont très friands du septième art afin de façonner les esprits sur la légitimé d’une intervention ; convaincre de la légitimité d’avoir recours à une intervention militaire sur un sol étranger relevant parfois de l’endoctrinement. Quant à la lecture ou la relecture de l’Histoire, les films proposés au spectateur ne sont pas toujours neutres quant à la grille de lecture qui est donnée « à voir ». L’art étant d’éviter les grosses ficelles utilisées dans les dictatures (presse, médias…) et d’insidieusement pétrir la pensée sans que le spectateur ne le décèle. Pour se faire, le but est de stimuler l’esprit critique dans un sens donné, émouvoir, choquer voire insurger. Il est bon de rappeler que les films ne sont que très rarement des commandes d’Etat, en partie financés par les gouvernements et que parfois le décideur d’une orientation politique donnée découlera directement de la doxa en cours. Le cinéma étant aussi une industrie, il se doit pour faire des rentrées de donner ce que le public attend, et si son esprit critique a déjà été orienté il faudra répondre à ses attentes. Toute propagande n’étant pas néfaste en soi, c’est l’idéologie qu’elle porte, en ce sens que ses germes sont répréhensibles ou non, qui posent débat. Bien sûr, cela n’exclue pas le questionnement de la collusion entre art et politique qui remonte de longue date…Il est vrai que notre époque permet, à qui le désire, d’influencer comme jamais la majorité par les moyens qui sont mis à sa disposition, le cinéma qu’il soit projeté en salle ou consommé sur petit écran (télévision ou via un ordinateur) y contribue. Manipuler, pour ne pas dire trépaner, aujourd’hui l’opinion publique est chose aisée. Comment résister à un tel flux d’informations et d’images dans une ère où l’Homme est matraqué à longueur de journée par des messages directs ou indirects ? Garder un esprit critique et indépendant demande un esprit critique qui n’est pas donné à tout à chacun. On l’a d’ailleurs bien vu par le passé et notamment en URSS et durant l’Allemagne hitlérienne, la culture n’est pas un rempart à l’endoctrinement. Nombre de grands intellectuels ayant répondu aux sirènes des idéologues.

Le public regardant un film le faisant majoritairement par divertissement, orienter politiquement ce dernier est souvent fait implicitement. La propagande qui se glisse dans les films ayant pour vocation de rassurer, d’endormir le spectateur. Abêtir, endormir ou soustraire toute pensée critique étant en soi une forme de propagande. Fait certain, les comédies portées à l’écran sont rarement porteuses de pensée politique, le but étant de divertir en évitant toute ramification à une réalité sujette à conflit. Un film comme L’Aventure c’est l’aventure démontre le nivèlement par le bas opéré par le cinéma français dans ce registre ; on est passé de comédies matière à réflexion et à la satire dérangeante à des productions jetables dont le scénario n’aurait risqué aucune censure s’il y en avait une. Le spectateur allant chercher « sa dose » de fiction, de bon temps, de rires. L’évasion à petit frais, en quelque sorte… A contrario, usant d’un autre stratagème, via un film peu sujet à éveiller tout esprit critique on y glisse de manière subliminale de l’idéologie sans que le public n’y prête attention en premier lieu. C’est le moyen d’endoctriner ceux qui se détournent de la politique et assistent sans le savoir à un meeting. Ceux qui se détournent de la presse ou des médias n’échappant pas à une forme de propagande malgré eux. Les vecteurs des argentiers de la propagande ne manquant pas…Le but étant d’accréditer ou de préparer les esprits à une orientation politique soit : façonner, intoxiquer par le septième art.

Les films dits « d’auteur » quant à eux, se font aussi l’écho des grands questionnements de notre époque. Selon la source de financement ou les convictions politiques du réalisateur, le film portera en lui une forme de propagande plus explicite. Le public étant plus « éduqué » l’orientation politique se fera de manière moins voilée et plus explicite quel que soit le sujet central du film. D’ailleurs, évoquer en filigrane ou directement des questions de société assure une promotion supplémentaire au film, lui donnant en plus d’une caution intellectuelle l’aura qui assurera l’appui de médias « stipendiés » ayant intérêt à en faire la promotion. On le voit notamment dans la remise de prix qui sont décernés non pas pour la qualité du film mais pour les « valeurs » que certains films portent. La puissance de l’Etat, des institutions et des pouvoirs en place jouant de leur pouvoir pour récompenser des œuvres à la qualité artistique discutable mais qui les servent. Qu’il s’agisse « d’imbéciles utiles » ou de cinéastes de bonne foi, la finalité étant la même. On se sert du septième art pour appuyer des groupes de pensée ayant le destin d’une nation entre les mains sur des questions sociétales ou de plus grande ampleur. La Vie d’Adèle récompensé au Festival de Cannes en plein débat quant au mariage homosexuel en est l’exemple.

Quant aux films dont la thématique centrale est sans équivoque, ils ne font généralement que peu d’entrée mais sont permettent de consolider dans leurs croyances. Ces derniers bénéficiant outre du soutien de groupes de presse adoubant ces derniers et de financements qui traduisent bien les soutiens directs ou indirects dont ils bénéficient. Il est par exemple notable qu’aux Etats-Unis un film traitant de la guerre et allant dans le sens de la propagande bénéficie logistique de l’armée américaine lors de la réalisation… Un film ne peut faire basculer l’opinion publique d’un pays entier mais confortent ceux qui vont dans le sens du gouvernement et est une arme de plus dans la guerre médiatique que se jouent les décideurs pour faire basculer l’opinion générale d’un côté ou de l’autre. Bien sûr, on use généralement des bons sentiments pour appuyer des causes dont la finalité est bien plus complexe et pas toujours avouée par le pouvoir. L’œuvre s’en ressent souvent d’un point de vue artistique car caricaturale et embourbée dans des clichés où le jugement critique est parfois totalement mis de côté. Dénigrer ou discréditer sans nuance, manquer d’honnêteté intellectuelle dans certains cas, étant accessoire ; des films censés relater réécrivant les faits en étant juge et partie afin de rallier le plus grand nombre. L’endoctrinement touchant toutes les classes de la société, à l’exception de ceux détenant le dessous des cartes, le cinéma indépendant n’étant malheureusement pas épargné. Il n’est pas rare de voir des pays régleur leur compte par films interposés, chacun y allant de ses attaques réelle, supposés, factices, envers son ennemi. Le cinéma se mondialisent lui-aussi, il est d’ailleurs édifiant de voir comment des œuvres cinématographiques traitant d’un même sujet font l’usage de la partialité. Chose certaine, l’industrie cinématographique se mondialisant, le spectateur peut désormais hors des circuits de distribution classiques avoir accès à une offre permettant d’élargir sa rétine et sa pensée à d’autres horizons que l’Europe et les Etats-Unis, d’où des studios qui « achètent » des cinéastes étrangers afin de les enrôler et leur faire tourner à destination d’un large public des films orientés dans le sens qu’ils désirent.

Moins élitiste que l’art ou la littérature, le cinéma est une forme d’expression qui peut endoctriner le plus grand nombre. Dépendant des financements et des circuits de distribution, il est malheureusement plus sujet à la propagande que ne le sont d’autres formes artistiques plus indépendantes financièrement. Des petits labels de musique peuvent produire à moindre coût des artistes pouvant par la suite défendre leur travail loin des grandes radios et parfois, par des chemins de traverse, court-circuiter les majors notamment grâce à internet ; idem pour les maisons d’édition, qui bien qu’étant indépendantes peuvent rendre une pensée marginale (ou en opposition par rapport à la doxa) accessibles à tout à chacun. Il n’en est pas de même pour le cinéma, trop dépendant de ses sources de financement et de son industrie. Au spectateur de ne pas être dupe et de décoder les signes ayant pour vocation à orienter son cortex…plutôt à gauche ou plutôt à droite, qu’importe… De la propagande reste de la propagande.

Romain Grieco

 

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