Le bleu de Joni Mitchell

JONI MITCHELL 300

Alors qu’elle se destinait à la peinture, c’est la musique qu’elle choisit pour s’exprimer. Bien que classifiée à ses débuts comme chanteuse folk, registre qu’elle dynamita par la singularité de ses compositions, elle ne cessa d’explorer d’autres univers musicaux, notamment la musique jazz qui l’accepta comme une de ses enfants en son sein. Symbole d’une génération marquée par l’utopie d’un monde meilleur, elle ne cessera par la suite de dénoncer l’étiolement de ses idéaux qui fanèrent avec le temps. Sa voix est le miroir du parcours et des blessures de son existence ; les aigus faisant place à une voix rauque et grave… Reflet du monde qui est le nôtre.

Celle qui se fera connaître avec comme nom de scène Joni Mitchell naît le 7 novembre 1943 au Canada. Ses parents, certains d’avoir un enfant et hésitant pour prénom entre Robert et John, appelleront leur fille Roberta Joan. Elle qui restera fille unique livrera son premier combat dans l’existence contre l’épidémie de poliomyélite que connaît le pays alors qu’elle n’a que dix ans, elle gardera le lit une année entière mais échappera à la paralysie. Cette expérience avec la maladie fera naître très tôt en elle un sentiment spiritualiste, pour remercier Dieu elle intègre une chorale de musique sacrée.  Attirée très tôt par la musique, son premier instrument est un ukulélé. Plus tard elle se mettra à la guitare puis au piano. Ses premiers concerts elle les effectue dans un bar où elle est serveuse, elle effectue des reprises de folk traditionnel, bataillant pour combattre sa timidité. Ses études secondaires achevées, elle s’inscrit en 1963 à l’Alberta College of Arts de Calgary, son ambition est alors de devenir peintre. Un an plus tard, la musique a repris le dessus, elle prend la route pour Toronto ; entretemps, elle est tombée enceinte d’un jaune homme qu’elle ne reverra pas, dépassé par cette maternité arrivée bien trop tôt, sa fille Kelly est placée… Leurs routes se recroiseront quelques décennies un jour.

Elle rencontre durant cette période douloureuse Chuck Mitchell et dont elle gardera le patronyme toute sa carrière, tombe amoureuse et partent écumer les clubs en duo. Il est de quelques années plus âgé qu’elle, est natif de New-York et a déjà bien roulé sa bosse. Ils se marient le 19 juin 1965. Les concerts s’enchainent mais toujours pas de contrat avec une maisons de disque. Etriquée dans cette relation de couple qui en femme une femme de l’ombre, ils divorceront trois ans plus tard. Cela ne l’empêche pas de composer et de parfaire sa maîtrise de la guitare en explorant toutes les possibilités du capodastre et des accordages. En 1967 lors du festival de Newport elle rencontre Bob Dylan et Leonard Cohen. Séparée de son mari, elle s’installe dans le quartier de Chelsea à proximité des clubs de folk. Travaillant inlassablement le chant et ses compositions, son style singulier se forge… Ce qui pose et posera toujours un problème à l’industrie musicale car quelque peu inclassable. Elle peine donc à trouver une maison de disque mais le destin va lui donner un bienfaiteur en la présence de David Crosby, ancien des Byrds, autant amouraché par elle que par sa musique et qui va jouer de ses relations pour l’introduire dans le milieu. En mars 1968 elle signe avec Reprise records ; Song To A Seagull, qui se veut un concept album, est scindé en deux parties de cinq titres chacune la fait naître officiellement dans le monde de la musique. Elle y aborde des thématiques qui lui sont chères, le voyage, l’abandon, la recherche et les amères désillusions d’une relation amoureuse. C’est elle qui s’est chargée de l’illustration, ce qui lui permet d’exercer son amour de la peinture. Dans ce premier album, elle fige la musique qui en fera une star sous peu, ancrée qu’elle est dans son époque. Les mutations qui désorienteront son public et le show business ne sont pas encore pour l’heure d’actualité. Pour promouvoir l’album, elle se décide à franchir la frontière qui la sépare des Etats-Unis qui deviendront son pays d’adoption. Ce premier album s’il n’est pas un succès commercial en soi la fait remarquer du monde musical, on souligne ses mélodies très personnelles, sa voix cristalline et ses paroles introspectives qui touchent l’âme. Elle fait ses armes dans les clubs, debout, seule, face au public. Sa timidité se laisse percevoir mais contribue à l’atmosphère chaleureuse et désarmante de sincérité qui gagne le cœur de son auditoire. Avec l’argent des droits d’auteur elle fait l’acquisition d’un bungalow à Laurel Canyon. C’est le ralliement de toutes les stars de l’époque, on y trouve entre autres dans cette communauté de musiciens des personnalités comme Frank Zappa, Jim Morrison, Eric Clapton… Elle y trouve sa seconde famille et ne manque pas de faire chavirer quelques cœurs. Après avoir écumé durant une tournée harassante dans des clubs et des festivals dont elle partage l’affiche, la première consécration intervient avec un concert au Carnegie Hall en février 1969. Ce soir-là, New York est toute à elle…

Pour son deuxième album, Clouds, composé de neuf titres amorce une certaine maturité tant au niveau des textes qu’au niveau des arrangements. Les textes oscillent entre allégresse et mélancolie. L’autoportrait de Toni Mitchell réalisé à la gouache est pénétrant comme le serait une icône… D’ailleurs icône, à sa manière, elle ne pas tarder à le devenir. L’album est récompensé d’un Grammy, catégorie « meilleur disque folk, de 1969 ». Elle fait son entrée dans le sérail, lors d’une émission du Johnny Cash Show elle est co-invitée avec Dylan. Début 1970 sort son troisième album Ladies Of The Canyon, ce sera la première fois qu’elle s’accompagne au piano pour un enregistrement, des instruments à vent comme le violoncelle font leur apparition. Toni commence à quitter le dépouillement folk pour des arrangements plus cossus. Alors qu’elle commence à quitter petit à petit la posture hippie et folk qu’on lui impose alors qu’elle-même aime rappeler qu’elle n’est ni hippie, ni folk ni féministe, le disque est un succès commercial, la jeunesse de Woodstock s’identifiant à elle. Elle ressent alors le besoin de prendre le large et s’aérer l’esprit comme l’âme loin de l’industrie musicale qu’elle commence à royalement détester. Elle gagne la Grèce, en profite pour rompre avec Graham Nash, visite Paris qui ne l’enthousiasme que peu et réapparait sur la scène médiatique lors de sa participation au festival de l’Ile de Wight, son apparition mouvementée où elle s’écharpera avec le public pour au final de rallier à sa cause sera un des grands moments de cette troisième édition. Elle continue ses collaborations scéniques avec les artistes qu’elle estime et s’attelle à son quatrième album : Blue. La pochette de l’album n’a, cette fois-ci, pas été réalisée de sa main. Le mot Blue apparaître à plusieurs reprises dans des chansons de l’album, elle évoque dans la majorité des chansons ses relations avec la gente masculine et les hommes qui ont jalonné jusqu’à présent sa vie que ce soit pour le meilleur ou le pire (David Crosby, Graham Nash, James Taylor…). Alors que l’album est de nouveau bien accueilli par la critique et le public, elle se retire du cirque médiatique. Après avoir fait l’acquisition d’un terrain non loin de Vancouver, accessible uniquement par hydravion ou ferry, elle y fait construire une maison en pierre qui se veut son lieu de retraite, passant ses journées à s’abreuver de lecture et en particulier de philosophie. Elle y trouve la matière pour de nouveau textes et univers qui vont contribuer à la naissance de son nouvel album à venir : For The Roses et qui sera le premier avec son nouveau label, Asylum Records, créé par Elliot Roberts et un futur multimillionnaire de l’industrie musicale, David Geffen. Avant la sortie de l’album, elle effectue quelques apparitions sur scène lors de festivals ou concerts de galas de charités.

Fin 1972 parait donc For The Roses, ses textes sont moins personnels et de plus en plus tournés vers le monde ; elle s’adonne à une observation de la société américaine en pleine mutation et à une critique sociale envers elle. Le son est plus électrique et le climat est moins apaisé que par le passé. Sa voix se fait désormais plus grave, parfois rauque. Elle semble vouloir tourner la page… Tant en termes d’image que de musique, il est temps d’emprunter une nouvelle route pour elle, elle est en proie à une dépression et des pulsions suicidaires. Elle se fait extrêmement rare sur scène, se rend dans les clubs pour prendre le pouls de son époque et des jeunes musiciens qui, comme elle il y a quelques années, font « leurs classes » et essaient de percer. Elle commence à se passionner pour le jazz et en particulier le jazz rock. S’entourant d’une nouvelle famille de musiciens qui compose sa section rythmique, de plus en plus pointue et cossue, elle s’attelle aux maquettes de Court And Spark.  L’album sort en 1974, les paroles qui composent les chansons de l’album sont le reflet de cette période sombre mais surmontée grâce à la création. C’est un succès commercial, la pop côtoie des accents jazzy qui vont s’amplifier avec le temps. Les arrangements sont extrêmement complexes, riches et soignés, son univers musical s’en enrichi du jazz et de ses chromatismes… Surfant sur ce succès, elle entame une grande tournée où elle fait salle comble. Désormais, celle qui affrontait seule le public avec pour seul arme sa guitare ou un piano est désormais solidement entourée. Elle joue en groupe, l’ambiance « chanson au coin du feu » est désormais derrière elle, toutefois elle n’hésite pas durant ses prestations à s’accorder des moments de répit ou pour toute compagnie sa guitare elle renoue avec une simplicité qui lui permet de retrouver une intimité désarmante d’honnêteté avec son public. L’album live Miles Of Aisles qui regroupe des enregistrements de la tournée est le témoin de cette mue scénique. Le magazine Rolling Stone la distingue avec Stevie Wonder « artistes de l’année ». Dans son hacienda située dans le très select quartier de Bel Air à Los Angeles, elle savoure et réalise le chemin parcouru en quelques années. Celle qui est née dans une famille modeste, est arrivée avec quelques dollars en poche aux Etats-Unis est désormais une star, ce qui ne l’empêche pas d’être de plus en plus critique envers le show business. Elle refuse de jouer la facilité et de s’emprisonner dans un personnage qui, certes, lui assurerait fortune et célébrité. La musique qu’elle compose rompt de plus en plus avec celle qui a fait son succès, peu importe…

Se faisant le témoin de ses contemporains, elle s’adonne de plus en plus à une observation critique de son époque, ses dogmes, ses faillites, ses illusions et de ses contradictions, telle une sociologue elle élabore des textes qui en une chanson synthétisent une problématique ou une situation donnée ; comme pour Socrate elle met souvent en scène des personnages qui par dialogue interposée se confrontent. Elle n’hésite plus à insérer dans ses textes, quitte à se couper d’une partie de son public et d’être taxée d’élitiste, ses références artistiques inconnues de l’auditeur « moyen ». L’album The Hissing Of Summer Lawns abandonne le son folk pour un son électrique et résolument jazz rock, n’hésitant pas à puiser dans la musique traditionnelle africaine s’il le faut. Sa voix est de plus en plus « bleue », comprendre jazz… comme la trompette de Miles Davis. L’album est mal accueilli, il va falloir désormais s’y habituer. Les critiques ne lui pardonnent pas son flirt avec le jazz qu’elles jugent prétentieux. Cela ne l’empêche pas de tourner, en tête d’affiche ou dans des festivals, en compagnie des plus grands. Durant le Thunder Revue créé par Bob Dylan, elle côtoie ce que le monde musical a de plus poétique et engagé, côtoyant des poètes comme Allen Ginsberg ou des chanteuses comme Joan Baez (jadis sa rivale). Elle rôde durant ses prestations de nouvelles chansons qui seront intégrées dans son nouvel album à venir, notamment « Coyotte ».

Avant l’enregistrement de l’album Hejira et de retrouver sa confortable demeure, elle sillonne dans des conditions rupestres les Etats-Unis incognito, munie de sa guitare. Elle y trouve l’inspiration pour ce qui s’annonce son huitième album. Les textes sont cette fois-ci introspectifs, elle se livre, se libère, de manière directe ou en usant de personnages qui sont des avatars. Durant l’enregistrement, Jaco Pastorius, sûrement le bassiste le plus brillant de sa génération, est un des trois bassistes à participer à l’album. Sa basse fretless fait des merveilles sus la chanson « Coyotte ».  L’album fait la part belle au son électrique, le son se veut résolument jazz fusion. C’est le début d’un certain désamour des radios et de la perte d’une partie de son public. C’est le prix à payer pour son épanouissement musical. L’honnêteté se paie, le refus de la reptation aussi… Désormais Joni s’est trouvée une nouvelle tribu, dans le monde du jazz fusion elle s’émancipe et trouve des musiciens qui lui ouvrent des univers que le monde du rock (bien trop restrictif) n’aurait même pas pu lui faire entrevoir. Elle s’associe avec le producteur Don Allias pour le prochain album à venir. L’album à venir va confirmer ce qu’elle avait amorcé avec Hejira. Parmi les musiciens qui participent à l’album, on y trouve parmi les plus grands noms du jazz de son époque comme le saxophoniste Wayne Shorter… Le double album Don Juan’s Reckless Daughter est malmené par les critiques. L’album oscille entre chansons accessibles et difficiles pour le grand public comme par exemple « Paprika Plains », morceau à l’ambition orchestrale de plus de seize minutes qui se termine par un jam propre aux jazzmen. La pochette de l’album rompt elle aussi avec son image, elle se travestit pour créer son alter ego qu’elle appelle Art Nouveau, un homme noir aux allures de proxénète.  Le monde du jazz la salue et en l’accepte, signe de cette reconnaissance où pour y être accepté la célébrité ou le nombre d’albums vendus ne compte pas, l’immense Charles Mingus lui demande de collaborer avec lui pour un album… L’homme se sait condamné, la maladie de Charcot va bientôt l’emporter. Joni Mitchell ne peut qu’accepter bien qu’intimidée tant par le charisme que l’impressionnante discographie de Mingus. Il meurt le 5 janvier 1979 sans voir la matérialisation de cette association qui lui tenait particulièrement à cœur. L’album Mingus sort dans les bacs en juin 1979, la musique est de Mingus et la voix et les paroles de Joni Mitchell. Une alliance par-delà la mort s’est nouée avec cette association de talents. La couverture du vinyle a été réalisée par Joni, sa peinture représente le grand Charles Mingus cloué sur son fauteuil roulant contemplant un paysage qui ne semble finir. Cet album lui tenant particulièrement à cœur, il le défend sur scène en partant en tournée et se plie à l’exercice de la promotion. Son groupe comprend les meilleurs jazz rock men de leur génération, un certain Pat Metheny étant de la partie… La tournée Shadows and Light témoigne de cette intense période créative de Joni et du plaisir qu’elle a à se trouver sur scène avec ses musiciens qui chaque soir repoussent un peu plus les frontières de sa musique. Un live du nom de la tournée sortira en 1980, bien que ne pouvant capter qu’une partie de la magie qui découlait de ces concerts, l’auditeur peut se faire une idée de la magie qui ruisselait de toutes parts lors des concerts de cette tournée.  Le 5 février 1981 elle est intronisée par le premier ministre du Canada au sein du Canadian Music hall of Fame. La même année, elle séjourne dans les Caraïbes quelques semaines puis en profite pour épouser son bassiste Larry Klein.

Changement de décennie, refusant toute sclérose musicale, elle se tient à la page et écoute les artistes à la mode. Pour Wild Things Run Fast, sorti en 1982, elle opte pour une musique pop-rock en vogue à l’époque. L’écriture se veut plus frontale et rageuse. L’arrivée de MTV et du vidéoclip modifie l’industrie musicale, désormais l’image et le marketing priment souvent sur la musique. L’endoctrinement des masses et les goûts musicaux passent par l’image avant l’oreille… Ce n’est donc pas un hasard si sur la pochette de l’album elle est accoudée à un poste de télévision. Elle se veut très critique contre cette évolution et ne cache pas son dédain pour certaines stars comme Madonna… Critiques qu’elle acène aussi au charity business qui bat son plein au milieu des années 80, les stars au grand cœur utilisant l’humanitaire pour parfaire leur image et effectuer de la promotion à bon marché. Voilà pourquoi elle ne participe pas au Live Aid de Bob Geldof. Elle n’est pas une soubrette du charity business et préfère avec son ami et compatriote Neil Young mettre sa célébrité au service des agriculteurs nord-américains en difficulté via le Farm Aid. Très remontée contre cette décennie qui voit l’avènement d’un nouveau monde et l’étiolement de toutes les utopies de la génération précédente qui a renoncé ou s’est converti au libéralisme et ses valeurs. Le dictat de l’argent règne ne maître et la malmène elle-aussi, subissant les pressions de sa maison de disque afin que son nouvel album à venir soit plus commercial. Dog Eat Dog paraît en automne 1985, un jeune producteur nommé Thomas Dolby a été réquisitionné afin de donner un son susceptible de plaire aux radios. Toni Mitchell a été dépossédée d’une partie de son indépendance artistique, les conflits sont nombreux lors de l’enregistrement… Dans cet album, son pessimisme est le fil conducteur, L’album est très froidement accueilli, aucune tournée ne s’en suivra. Après une cure médiatique faisant suite à l’échec commercial Dog Eat Dog, elle revient trois ans plus tard sur le devant de la scène avec Chalk Mark In A Rain Storm. Elle s’entoure d’une nouvelle génération de musiciens et d’artistes, elle bénéficie, entre autres, de la participation de stars comme Peter Gabriel, Lisa Coleman ou encore Billy Idol. Les chansons de l’album sont le reflet des combats qu’elle mène au quotidien, elle y parle donc protection environnementale, aliénation des individus pas le consumérisme, guerre…   Aucune tournée ne viendra là aussi soutenir l’album, elle assure cependant la promotion via des interviews et des conférences de presse. Alors que les années 80 touchent à leur fin, elle se concentre sur son travail de plasticienne. En 1988 une exposition lui est dédiée à la Porco Gallery de Tokyo, la même année elle reçoit le prix Tenco à San Remo. Ses diverses participation scéniques ou discographiques au profit de causes qui lui sont chère l’amène à participer au pharaonique projet de Roger Waters afin de commémorer la chute du Mur de Berlin. Devant plus de trois cent mille personnes, sa prestation de « Goodbye Blue Sky » est considérée comme un des grands moments de The Wall.

Nouveau changement de décennie. En 1991 sort ce qui serra son dernier album chez Geffen, enregistré dans son studio personnel dans sa maison de Bel Air Night Ride Home n’étant de nouveau pas le succès commercial attendu, David Geffen avec élégance mais hypocrisie la congédiera. Pourtant, l’album aurait pu séduire ceux attachés à la première période artistique de Mitchell, la guitare acoustique faisant en effet son grand retour.  L’année suivante, un album hommage sort dans les bacs, dix-sept artistes ou groupes reprenant les chansons de cette artiste boudée par les médias mais dont l’aura et restée intacte. Durant le festival Troubadours Ok Folk en juin 1993 à Los Angeles, elle renoue avec la scène. Après avoir surmonté son trac, elle reprend le dessus et envoûte de nouveau son public. Elle en profite pour tester certaines chansons qui composeront son prochain album. Turbulent Indigo, référence au bleu profond de van Gogh, qui sort fin 1994 et voit son retour chez son premier label (Reprise) est cette fois-ci, cela faisait bien longtemps, encensé par la critique. La pochette a été effectuée par Joni Mitchell, le tableau qu’elle a réalisé la représente en Van Gogh. Il est vrai que comme le peintre, elle souffre d’incompréhension de la part du monde musical, ce qui la pousse à s’identifier quelque peu au « suicidé de la société » comme l’a écrit Antonin Artaud. Les paroles de l’album sont très sombres, la mélancolie cédant parfois même le pas au désespoir devant l’état du monde. Elle qui a connu la libération sexuelle, l’insouciance des mœurs n’hésite pas dans la chanson « Sex Kills » à parler du sida qui a fait des ravages dans son entourage.  Sa santé commence à se détériorer, des séquelles de sa poliomyélite affecte ses muscles. Il lui devient difficile de faire des concerts. Comme toujours, c’est quand les êtres vont mal ou quand ils sont le départ qu’on leur exprime notre amour… Joni Mitchell ne fait pas exception à la règle. Fin 1995 elle reçoit le très prestigieux Century Award ; décerné par le Billboard, la récompense ne s’établit pas sur les ventes mais sur la portée de l’œuvre de l’artiste. Le 6 décembre au Coliseum de New-York, ce soir-là, elle fait l’unanimité et une standing ovation célèbre cette artiste qui n’a jamais sacrifié la musique au profit de l’argent. Sur cette lancée, d’autres prix vont pleuvoir, Turbulent Indigo reçoit en 1996 le Grammy du meilleur album pop de l’année ; elle reçoit des mains du roi de Suède le prix Polar qu’elle partage avec Pierre Boulez. Les hommages et les courbettes se succèdent, Joni n’est pas dupe mais se prête au jeu… Loin de cette bourrasque médiatique, elle vit un moment charnier dans son existence, celui des retrouvailles avec sa fille. Fin 1998 sort Taming The Piper, on y retrouver les thématiques chères à l’auteure : l’amour dans toutes ses variations, l’enfance, les souvenirs, l’injustice sociale, critique de l’industrie musicale… Pour assurer la promotion de l’album, elle effectuera quelques concerts dans des festivals où elle est en bonne compagnie (Bob Dylan, Van Morrison…).

Changement de millénaire… Pour fêter ceci, sa maison de disque sort l’album « Both Sides Now », qui retrace le parcours musical de Joni. Très jazzy, remporte deux Grammys en février 2001… Nouvelle série d’hommages et petite tournée intimiste pour fêter le succès de l’album. Auréolée de ce succès, elle peut mener un projet qui la taraudait de longue date, enregistrer avec un orchestre symphonique… Travelogue paraît fin 2002, le double album comprend des standards de son répertoire et des reprises. Elle décide alors de se faire plus discrète ; The Fiddle and The Drum, un ballet composé de près de trente danseurs, basé sur ses chansons, la parution d’anthologies et un album hommage (Tribute to Joni Mitchell) se chargeant de ne pas la faire disparaître totalement des médias.  En 2007 paraît son dernier album en date, Shine, là aussi il est récompensé par deux Grammys. Les paroles sont de nouveaux très activistes, musicalement l’atmosphère est intimiste, Joni revient à la guitare acoustique et aux sonorités sixties. Malheureusement, la santé de Joni se détériore. Elle souffre d’une pathologie qui affecte sa peau au point de ne plus pouvoir supporter le contact avec les matières textiles, son père décède et comme si cela ne suffisait pas est en mars 2015 victime d’une rupture d’anévrisme. La rééducation est longue et éprouvante. Elle réapparait, diaphane, un an plus tard, diminuée mais vivante. Ce n’est qu’une nouvelle résurrection parmi tant d’autres dans sa vie…

Romain Grieco

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