Henry Miller le mystique anarchiste

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Souvent considéré à tort comme un écrivain pornographe, le sexe n’était qu’une facette de ses écrits. L’œuvre impétueuse d’Henry Miller et sa vie se confondent puisque largement autobiographique, son aventure humaine étant la matière à ses écrits. L’homme fut un anarchiste mystique qui ne sacrifiant rien à son idéal de vie, se donnant à l’écriture comme on rentre en religion, pilonnant le puritanisme, les mensonges et l’hypocrisie de son époque. Il contribua à décorseter la littérature tant sur le plan des mœurs que sur le plan politique, ses diatribes envers les dictats de la société de consommation permirent à toute une génération d’écrivains qui lui succédèrent de se libérer d’une censure anesthésiant la libre-pensée tout comme le verbe.

Henry Valentine Miller, de descendance allemande, naquit le 26 décembre 1891 à Brooklyn. Issu d’un milieu modeste où la culture était inexistante, élevé à la dure et donnant un peu dans la voyouterie, se mêlant aux petits « sauvageons » de son quartier, rien ne le prédestinait à devenir écrivain. Incompris par ses parents, il ne reçut que peu d’amour par sa mère qui ne l’estimera jamais et lui préféra sa sœur Lauretta ; ses rapports avec son père tombé dans l’alcool furent, quant à eux, longtemps conflictuels. Ses études universitaires ne durèrent qu’un semestre, quittant le City College de New-York car ressentant déjà une aversion pour l’establishment. Refusant de travailler avec son père dans sa petite affaire de textiles, il prend très tôt son destin en main en enchaînant les petits boulots, il deviendra au mieux chef des coursiers de la Western Union Telegraph Company. Attiré par les livres et l’envie d’écrire mais peu assuré de son talent, il dit avoir demandé à Dieu lorsqu’il eut vingt ans de l’aider à devenir écrivain et tutoyer le génie de Dostoievski. Ecrivain par désespoir, comme pour Beckett… « Bon qu’à ça ».

En 1913, lors d’un séjour en Californie, il se rend à des meetings de socialistes, militants syndicaux et anarchistes ; il y découvre lors d’une conférence Emma Goldman et son compagnon Ben Reitman. Emma Goldmann eut une grande influence sur sa jeune pensée qui allait s’anarchiser avec les années. Il achète à ce dernier deux livres majeurs : L’Antéchrist de Nietzsche et L’Unique et sa Propriété de Max Stirner. Empêtré dans une relation avec une femme plus âgée que lui, Pauline Chouteau, et dont il prend soin par fidélité, contraint de trouver une stabilité financière il accepte au final de travailler dans la boutique de tailleur de son père en même temps qu’il poursuit une formation afin de devenir professeur de gymnastique qu’il ne finira jamais, secondant son père dans son dur labeur et les humiliations qui allaient avec. Il n’en délaisse pas pour autant la lecture, lisant inlassablement afin d’échapper à son quotidien et allant au théâtre pour y trouver un peu de quiétude. Il commence à modeler son esprit critique grâce à la découverte d’auteurs comme Ibsen, Hauptmann, Dos Passos, Yeats, Walt Whitman, John Cowper Powys, Tolstoï, Gorki, Kropotkine ou encore Frank Harris avec qui il sympathisa alors qu’il était venu se faire confectionner un costume dans la boutique du père d’Henry… C’est à cette époque qu’il effectue ses premières tentatives dans l’écriture, notamment un essai sur L’Antéchrist de Nietzsche. En 1915, rompant avec Pauline Chouteau, la quittant pour Beatrice Wickens, une femme plus jeune et de bonne famille, il finira par l’épouser. En 1919 il réussit à être publié dans une petite revue pour des petits articles mineurs. Rattrapé par les obligations financières dont le rôle lui incombait, il se décide finalement à rentrer « dans le cadre » et se présente à vingt-neuf ans à une offre d’emploi à la Western Union Telegraph Company où il réussit à se faire embaucher grâce à sa faconde et son sens de la dramaturgie après avoir essuyé un premier refus. En tant que directeur du personnel il bénéficie alors du respect et du crédit que lui confère son statut, il ne rentre pas pour de bon dans le rang et conserve son esprit critique et marginal malgré le costume qu’il revêt, cependant l’écriture est mise en sommeil… Alors que son mariage tourne au vinaigre et que de leur union est née une fille, Barbara, il se réfugie dans l’amitié masculine et dans les sorties nocturnes. C’est durant cette période qu’il découvre La Faim de Knut Hamsun et que le désir d’écrire se raviva. Alors que son mariage est en ruines, il fait en 1923 la rencontre d’une taxi-girl qui va changer son existence… June Edith Smith, celle qu’il mythifia. Le personnage de Mona traverse en effet son œuvre, elle est sa muse et celle qui l’encouragea à se lancer pour de bon vers l’écriture en lui donna l’impulsion nécessaire pour gagner l’Europe. Elle a dix ans de moins que lui, est magnifique, vénère elle-aussi Dostoïevski, elle l’envoûte…  Il vivra avec elle 7 ans, une passion qui fut aussi un vrai chemin de croix.

Séparé officiellement et pour de bon de sa femme pour vivre sa passion avec June, qu’il va épouser par la suite, ils se mettent tous deux en ménage. En septembre 1924 il quitte brutalement son emploi à Western Union Telegraph Company, sa rencontre avec June et la vie qu’ils mènent ensemble est un véritable détonateur… Au diable la sécurité matérielle et le vernis social, il lui faut devenir ce qu’il est ! Il va alors mener une vie de bohème, l’appartement où ils vivent ne désemplie pas d’amis, d’artistes et de marginaux en tout genre. June, dévouée à Henry, travaillant le jour pour assurer un salaire ; Henry, quant à lui, tapant au portefeuille ses amis. Ils ouvrent alors un bar clandestin dans le Village, l’aventure ne dura guère… les clients se faisant rare et les amis buvant à l’œil. A trente-six ans, sans le sou, Henry doit retourner vivre chez ses parents, se cachant de son ex-femme qui lui réclame sa pension alimentaire, tandis que June tente de se refaire une santé financière loin de lui et proche d’autres hommes. Durant ce temps, Miller tente d’écrire mais ses tentatives se soldent toutes par des échecs. De nouveau réunis à New-York, la crise économique n’aidant pas, les temps sont durs… La liberté et la marginalité ont un prix. June vit de ses charmes et henry vivote petits boulots en petits boulots. Le duo va devenir un triangle amoureux quand June va s’enticher d’une femme surnommée « Mara », une artiste plus âgée qu’elle. Henry en souffre, elle s’en contrefout, il est relégué au second plan de sa vie amoureuse. En 1927 elle quitte Henry qui sombre alors dans une profonde dépression. De nouveau contraint de retrouver un emploi, par l’entremise d’un ami d’enfance il échoue dans un bureau de l’Administration des Parcs du Queens. Logeant de nouveau chez ses parents sa vie oscillant entre écriture, lecture et pérégrinations nocturnes. A sa grande surprise, June réapparait, « Mara » l’ayant quittée pour un homme… June sachant comme personne trouver des pigeons et vivre sur leur dos elle trouva un nouveau protecteur prénommé Roland Freedmann dit « Pop » (papa). Envouté, l’homme la finance. C’est alors qu’elle trouvait l’idée de lui extorquer de l’argent en lui faisant croire qu’elle désire devenir écrivain. « Pop » la sponsorise pour écrire son livre… En réalité, le livre en chantier est écrit par Henry ! Le livre de Miller répondant au titre de Moloch sera finalement publié mais de manière posthume… En 1992 ! Epris de June, le pauvre Freedman se fait mener en bateau jusqu’à lui payer un séjour de plusieurs mois en Europe à ses frais avec Henry. Miller découvre alors la France, pays qui bientôt allait devenir son salut. Avec l’argent de June, en 1930 il quitte New-York pour tenter de percer et s’installer à Paris pour percer dans le monde littéraire.

Ses débuts à Paris sont difficiles, loqueteux, le ventre vide, ayant recours à la mendicité pour subsister, du statut d’écrivain tant rêvé il passe à celui de clochard. Encore une fois, c’est grâce à la pitié et à la mansuétude qu’il suscite chez les autres qu’il survit. Des articles écrits à Paris commencent à être publiés aux Etats-Unis, la France lui apportant le prestige et le crédit qui lui avaient manqué à ses débuts. Sa personnalité en fait un des membres les plus populaires de la communauté américaine installée dans la capitale, ce qui lui permet de trouver des bienfaiteurs (dont l’écrivain Alfred Perlès) et un travail de rédacteur à la Tribune. Il termine dans la souffrance un roman qui ne fut jamais publié, Crazy cock, l’incompréhension régnant autour de ce livre… Il lui faut encore patienter avant d’être publié. Alors que June l’implore de rentrer à New-York, Henry s’étant pris d’amour pour Paris et ses lupanars, plus question pour lui de rentrer ! Et ceci d’autant plus qu’une autre femme allait rentrer dans sa vie, une femme qui aura une importance cruciale dans son destin d’écrivain : Anaïs Nin. Un nouveau triangle amoureux, cette fois-ci à son avantage, allait se nouer dans la vie d’Henry. Anaïs Nin, née à Paris en 1903 d’un compositeur espagnol et d’une cantatrice danoise, épouse d’un riche banquier, passionnée par l’art et les romans de D.H.Lawrence, amie des artistes et étriquée dans les convenances sociales de son rang. Elle va trouver en Miller la poésie qu’il manquait à sa vie. Elle le prend sous son aile et use de ses relations pour lui assurer le confort matériel. L’amitié se noue en attirance et entretiennent alors une relation mêlant le sexe et l’écriture ; cette relation sonne le glas du mariage d’Henry avec June. Entretemps, logeant à Clichy, il s’attelle à l’écriture de Tropique du Cancer qui par l’entremise d’Anaïs Nin et de ses relations sera finalement publié après bien des révisions fin1934. Il lui avait fallu attendre l’âge de quarante-quatre ans pour être enfin publié et accéder au statut d’écrivain. Devenu une figure artistique de la capitale, il s’installe durant les cinq années à venir au 18, avenue Seurat où il occupe un atelier précédemment occupé par Antonin Artaud… rien que ça.

Miller prend part à la promotion de son premier livre en envoyant gracieusement un nombre considérable d’exemplaires aux écrivains ou critiques qui comptaient pour lui. Entre autres Gertrude Stein, Aldous Huxley, Emma Goldman, Céline, Blaise Cendras ou Ezra Pound… Les critiques furent dans l’ensemble bonnes et saluèrent le livre qui bien que jugé pornographique méritait ô combien d’être lu. George Orwell qualifia Tropique du Cancer d’« œuvre sincère et même émouvante », il entamera avec lui une relation épistolaire, saluant aussi son détachement envers toute étiquette politique. Tous deux se rencontrèrent finalement un après-midi de décembre 1937, peu avant qu’Orwell parte en Espagne, puis ne se revirent plus… les hommes prenant des routes différentes. Dans la foulée, henry fit publier Printemps noir, recueil de textes aux accents surréalistes. C’est alors qu’il noue une amitié qui ne se démentit jamais avec Lawrence Durrell, écrivain précoce qui voyait en Henry un grand frère. Alors que Miller participe à la publication de trois revues littéraires, Durrell fut de la partie pour celle nommée The Booster et vient alors renfoncer le contingent d’artistes, d’écrivains et marginaux qui entouraient Henry et dont le point de ralliement était son domicile. Miller y est le chef, régnant dans sa troupe une vraie insouciance… Mais l’Histoire allait rattraper cette bande de joyeux lurons, la seconde guerre mondiale se profilant. Miller, en bon anarchiste, n’a pas plus de sympathie pour les communistes qu’il n’en a pour le national-socialisme allemand. D’ailleurs, il ne s’étonna pas de cette guerre, l’annonçant avec désinvolture depuis plusieurs années. Quand en 1938 elle ne fit plus l’ombre d’un doute il envisage de prendre ses jambes à son cou et de regagner les Etats-Unis. Alors que Tropique du Capricorne parait en mai 1939, il s’installe entre-temps en Grèce sur l’invitation de Durrell. C’est durant ce séjour en Grèce qu’il écrit Le Colosse de Maroussi.  Durant ce séjour, il vit plusieurs moments mystiques qu’il racontera et qui lui donnent le sentiment que l’écrivain qu’il est doit se muer en sage. Il regagne finalement les Etats-Unis comme il le souhaitait et après près de dix années de vie parisienne est horrifié par New-York. Bonne surprise, il réalise que sa réputation d’écrivain est réelle dans la ville qui l’a vu naître, il ne manque pas de laudateurs même auprès de certains universitaires. De jeunes écrivains en devenir voient en lui un modèle voire un héros du fait de sa liberté de ton.

Début 1940, il écrit activement, naîtront de cette période Jours tranquilles à Clichy et Le monde du sexe. Il entreprend alors de sillonner les Etats-Unis afin d’y délivrer un livre sur la situation du pays, cette entreprise donnera Le cauchemar climatisé qui devra attendre 1945 pour être publié, cette violente diatribe envers son pays étant mal venue en pleine guerre et alors que le patriotisme était exacerbé. Son père décède en fin d’année. Il s’établit en Californie en été 1941, il rencontre à Hollywood célébrités du monde du cinéma mais aussi littéraire. Peu à l’aise dans ce monde des apparences, incapable de subsister dans ce milieu qui lui est si étranger, il retrouve par nécessité le monde du travail il exerce dans un bureau local de réinsertions d’anciens détenus avant de démissionner. Il entame alors une « levée de fonds » en sollicitant toutes ses connaissances afin de pouvoir se dévouer à l’écriture. Ses admirateurs en manquant pas, admiré voire adulé, il est libéré de toutes contraintes matérielles. De plus, il se met à la peinture, et gagne de l’argent en vendant ses aquarelles à ses admirateurs. En 1943, il s’installe à Big Sur, vivant dans des conditions proches du paléolithique. En décembre 1944, il se marie une nouvelle fois, l’heureuse élue est une étudiante polonaise prénommée Janina Lopska. Il a cinquante-trois ans, elle en a vingt et uns, le mariage durera sept ans. Grâce à une excentrique voisine, le couple pu faire l’acquisition d’une maison. Outre les droits d’auteur, les rentrées d’argent se font avec les articles qu’il écrit occasionnellement. Miller délaisse alors petit à petit la lecture d’ordre littéraire pour des ouvrages sur l’occultisme, l’ésotérisme et la philosophie. Ses livres majeurs de l’après-guerre sont Le cauchemar climatisé (deux volumes), Souvenir souvenirs et Sexus. Il se lance aussi dans une campagne de défense via une pétition pour la défense Louis-Ferdinand Céline qui comme Knut Hamsun sont très compromis par leur attitude durant la seconde guerre mondiale. Idem pour Cendrars et Giono… Tous les quatre étant des écrivains que Miller admirait sans réserve. June fait sa réapparition en 1947 via des lettres implorant son aide financière, il ne la laisse pas tomber alors qu’elle sombre chaque jour un peu plus dans la dépression et la misère. En 1951, il divorce de nouveau, son mariage avec Lepska s’avérant un nouvel échec… De son union avec la jeune étudiante polonaise sont nés deux enfants Valentine, six ans, et Tony, quatre ans . Leur mère quittant Henry pour un biophysicien roumain… Il tente de s’occuper seul des deux enfants avant d’abdiquer devant la tâche et les confier à leur mère. Henry se remet vite à la recherche d’une nouvelle compagne, il épouse deux ans plus tard la belle-sœur d’un de ses amis, Eve McClure, belle trentenaire et fervente admiratrice. Durant les années 50, le succès des livres de Miller lui assurent désormais des revenus suffisants pour ne plus avoir à s’adonner à la mendicité, jouissant même d’une belle notoriété au Japon en partie du fait de son antiaméricanisme. Il renoue avec Barbara, sa première fille et se rachète en tant que père. Alors que sa mère décède en 1956, il semble avec l’âge ne plus vouloir échapper à ses responsabilités, s’occupe de sa sœur Lauretta qu’il place dans une confortable maison de retraite et dont il prend soin. Il devient à la fin des années 50 un véritable mentor pour toute une génération de jeunes écrivains et qui par leur respect font monter en flèche la vente de ses livres. Qu’il s’agisse de Saul Below, Norman Mailer, Allen Ginsberg ou encore Jack Kerouac, on salue le courage qui fut le sien de braver la censure de l’époque. De plus, ses opinions politiques ont devancé les mouvements à venir des sixties. Tout en sachant qu’Henry n’est pas un utopiste et qu’en bon anarchiste s’il n’est pas à ranger à droite il ne l’est pas non plus à gauche, flairant bien l’impasse du communisme. Malgré sa correspondance qui l’accapare, il trouve le temps d’écrire… Le temps des assassins, Un diable au paradis, une version récrite de Jours tranquilles à Clichy, Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch, Nexus (qui clôt la trilogie de La crucifixion en rose).

Au début des années 60, alors qu’il est invité à faire partie du jury du festival de Cannes, il effectue le voyage avec une maîtresse. Sa dernière femme en date, Eve, l’apprend… Elle demande le divorce… Et un de plus à son actif ! Cette décennie fut exceptionnelle pour lui sur le plan de la reconnaissance littéraire. Peu habitué à gagner de l’argent, alors que les dollars pleuvent il en fait une dépression ! Il gagne un grand combat en levant l’interdiction de publication de son pays de Tropique du Cancer. Les admirateurs ne cessant d’affluer dans sa maison de Big Sur, ayant commis l’imprudence d’en signaler l’adresse dans Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch, il déménage pour Pacific Palisades. Il est devenu une star des lettres, peut-être l’écrivain américain en vie le plus populaire dans son pays ; son aura gagne même la musique folk et pop de l’époque, Bob Dylan parmi d’autres faisant partie de ses nombreux admirateurs. Il « commet » un dernier mariage avec une japonaise prénommée Hiroko Tokuda âgée de vingt-sept ans mais qui ne fut en réalité qu’un mariage blanc, lui permettant ainsi de s’installer et travailler aux Etats-Unis… Malgré toutes ses tentatives la belle nippone refusa toujours de consommer leur union. Elle le quittera finalement en mai 1970. Durant cette dernière décennie, sa santé commence à décliner, la majorité de ses amis sont six pieds sous terre comme par exemple Anaïs Nin . En 1976, Henry Miller est décoré de la Légion d’Honneur, dans la foulée il fait tout pour essayer d’être nobélisé avant que frappe la camarde. Bien que son nom est fréquemment cité parmi les nobélisables il n’aura jamais la fameuse distinction. Alors qu’il entreprend un ouvrage monumental sur D.H. Lawrence il meurt dans son sommeil le 7 juin 19809. Sans regret aucun, il eut une vie au-delà de ses espérances…

Pourquoi lire aujourd’hui Henry Miller alors que désormais son côté sulfureux ne nous choque plus ? Parce qu’il est une vitamine pour notre époque, un exemple à suivre pour qui aspire au non conformisme, nous donne les clefs pour surmonter l’aliénation et le désespoir ambiant… Englué dans de grandes périodes de désespoir le suicide lui trotta souvent dans la tête mais la vie reprit toujours le dessus. Curieux de son prochain et de l’homme du quotidien, affectionnant particulièrement les ratés, les marginaux, les clochards, car lui-même connut les affres de l’exclusion sociale. Très critique envers son pays, il y voyait déjà les prémisses de l’aliénation à venir. Condamnant l’American way of life. Se considérant à sa manière comme religieux, le mystère de la vie l’interrogea jusqu’au dernier jour, les religions institutionnalisées ne l’inspirant pas. Préférant la sagesse asiatique à la philosophie, inspiré notamment par Lao Tseu et le zen. L’acceptation de la vie (le bien comme le mal), la simplicité, le dépouillement, étant un bouclier contre l’aliénation du monde. Pacifiste convaincu mais conciliant vis-à-vis des pulsions humaines même dévastatrices qui nous habitent, il chercha à devenir un homme accompli en paix avec lui-même, préférant le rire à l’apitoiement. Miller est le remède au mal-être qu’engendre notre société même si plusieurs décennies nous séparent de lui. Prendre chaque instant heureux, festif, jouissif de la vie comme si chaque jour étant le dernier, cherchant le plaisir et rejetant toute mutilation de l’âme ou du corps. Optimiste forcené, il excluait le désespoir ou le pessimisme ambiants malgré les plaies de sa génération. Personnalité extravertie, rayonnante, portant en lui une aura naturelle, exaltant ses compagnons et par conséquent ses lecteurs. Même à 80 ans passés, il enfourchait toujours bicyclettes et femmes; érotomane jusqu’au dernier jour entre deux parties de ping-pong il continuait à tomber amoureux de jeunes et jolies femmes admiratrices de ce héros de la révolution sexuelle. Miller, comme St François d’Assise, voulut à ses débuts changer le monde mais pour finalement ne vouloir que changer sa vision du monde.

Romain Grieco

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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