Noctural animals ou l’histoire d’une double revanche

NOCTURAL ANIMALS 300 

Œuvre dichotomique, extrêmement esthétique, en adaptant librement Tony and Susan d’Austin Wright Tom Ford n’a pas choisi la facilité. Pari réussi, le film fait de lui un digne successeur de David Lynch ou encore de David Cronenberg. Film esthétique et parfois insoutenable, il ne laisse pas indemne par l’introspection qu’il suscite.

Après A Single Man sorti en 2009, voici le deuxième film du récent cinéaste qu’est Tom Ford. Après avoir été « une des égéries » du monde de la mode, l’homme confirme sa reconversion dans le septième art. A travers cette (double) histoire de revanche, il prend un malin plaisir par la même occasion à prendre la sienne sur un microcosme qu’il connaît bien. Ce n’est donc pas un hasard si le film débute par des femmes obèses, se trémoussant de manière burlesque et aux antipodes de l’érotisme sur papier glacé, afin de bien signifier son revirement. Le film se plait à jouer avec les extrêmes qui ne font que s’entrechoquer du début à la fin : le drame sentimental/ le thriller, la fiction/ la réalité, la ville/ la nature, l’hédonisme/ la survie, la légèreté des nantis/ la survie, les corps flétris/ musculeux, la quiétude/ la violence, la vanité/ l’humilité. Le tout étant, il faut le signaler, particulièrement bien agencé malgré la difficulté inhérente à cet exercice de style ; Ford multipliant les césures et s’amusant à créer strates sur strates. Son deuxième film, célébré par le Grand Prix du jury à Venise, est à bien des égards une œuvre expiatoire, un acte cathartique.

Susan Morrow, galeriste réputée à Los Angeles, bien que jouissant d’une reconnaissance tant sociale qu’artistique, est asphyxiée par son second mariage et cette existence sociale qu’elle s’est forgée. Vivant dans un monde d’apparences, déconnecté de la vie réelle, dénué de sentiments réels elle (re)devient insomniaque, emprisonnée d’elle-même tout autant que de sa luxueuse demeure contemporaine où trône une statue grand format de Jeff Koons. Un jour, elle reçoit sans crier gare l’épreuve de Noctural Animals, roman tragique et survivaliste écrit par son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Ce roman lui est dédié et porte pour titre le surnom qu’il lui donnait.

Le roman suscite alors en elle une mise en abyme. A compter de l’instant où elle débute la lecture du roman, le protagoniste de l’histoire prend pour elle les traits d’Edward, Susan l’imagine alors être le héros de ce cauchemar se déroulant sur les routes désertées du Texas. Edward revêtant le rôle du père de famille cherchant à se venger des gangsters à la petite semaine qui ont tué sa femme et sa fille après d’atroces sévices. Un passé qu’elle avait tout fait pour occulter refait alors surface et ébranle sa vie routinière… Le film bascule alors entre ces trois mondes : la vie en cours de Suzanne ; son passé où on y apprend qu’elle quitta Edward pour des raisons de classe sociale, d’ambition (lui préférant son actuel mari) et enfin la trame narrative du roman.

Noctural animals est particulièrement bien servi par les deux protagonistes, Jake Gyllenhaal et d’Amy Adams qui forment une sorte de diptyque bien que tout semble les opposer. Michael Shannon, quant à lui, dans le rôle de l’inspecteur atteint d’un cancer des poumons, fumant comme un pompier, n’ayant plus rien à perdre et se dévouant corps et âme à l’enquête, est brillantissime.

Le film qui aborde la notion de revanche n’est au final pas là où on l’attendait. L’autre revanche, par ricochet, étant celle d’Edward sur Susan. Alors qu’elle a compris que son mari la trompe, réalisé qu’elle a fait fausse route en s’inscrivant dans les pas de sa famille où la réussite sociale et les apparats sont de mise, Edward la contactera pour la revoir ; elle se prend alors à espérer, pensant pouvoir renouer avec cet homme qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Il ne viendra pas au rendez-vous, la laissant attendre jusqu’à la fermeture du restaurant, seule avec pour toute compagnie l’alcool afin d’anesthésier le naufrage de son existence. Edward mettant ainsi en lumière, par son absence, que l’amour est bien plus important que tous les biens matériels. Noctural animals nous rappelle par la même occasion que notre vie est faite de choix, nous rappelle notre lâcheté à s’avouer tel que nous sommes, nous rappelle notre difficulté à nous avouer cette part de lâcheté qui nous habite et les déflagrations qu’elle engendre sur nos vies.

Romain Grieco

 

Crédit photo à la une : ©Universal Pictures International France

 

 

 

 

 

 

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